56 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,
lument nu, et jonché de pierres et de débris de toutes sortes.Puis l’on pénètre dans une grande enceinte que notre guideappelle la « cour de la maison de l’empereur. » Nous y ren-controns des vieillards juifs dont la longue barbe blanche, ladémarche majestueuse, la robe traînante, nous font songerinvolontairement aux patriarches. D’étroits corridors resserrésentre de hautes murailles nues nous mènent dans l’enceintede la douane, que domine l’imposant minaret carré de lagrande mosquée. Puis nous eniilons une ruelle étouffée entredeux rangées de maisons blanches, et nous arrivons à l’au-berge qui porte le nom espagnol de Fonda real. Elle est tenuepar un juif qui exerce les fonctions de drogman à la légationd’Espagne . C’est l’unique auberge de Mogador , et c’est aussila seule que l’on rencontre sur toute la côte du Maroc , depuisAgadir jusqu’à Tanger . Sur les autres points de la côle levoyageur est obligé de coucher à bord ou de demander l’hos-pitalité à quelque résident européen.
» Dès que nous eûmes pris possession de notre modestegîte, nous nous mîmes à courir la ville. On est frappé toutd’abord de sa parfaite régularité, qui contraste singulière-ment avec l’aspect des autres villes marocaines. Les rues,tirées au cordeau, se coupent à angle droit, exactementcomme celles des cités américaines. Qui s’attendrait à voirsévir la contagion de la ligne droite dans le pays du pit-toresque! Et qui s’imaginerait qu’une ville arabe qu’onaime à se représenter comme un dédale de ruelles tor-tueuses, peut être bâtie en damier ! Je dirai bientôt le secretde ceci ; pour le moment, je me borne à protester contre lesvilles arabes en damier, où il ne manque que des Arabes enredingote.
» La ville est divisée en trois quartiers d’une physionomietrès différente : la Kasbah , ou quartier européen, le Mellah,ou quartier juif , et la Médina, ou quartier arabe. La Médinaoccupe naturellement la plus grande étendue : la populationy est exclusivement mauresque à l’exception de trois ouquatre familles européennes qui y vivent non exemptes d’in-quiétude, car les Maures ne voient pas de bon œil que les