64 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,
passés maîtres. Ils s’introduisent dans les douars, nus, parceque les chiens n’aboient pas après les hommes nus, enduitsde savon de la tète aux pieds pour glisser entre les mainsqui les saisiraient, avec un fagot de branches vertes entreles bras, pour que les chevaux, les prenant pour des brous- isailles, ne s’effrayent pas. Les chevaux sont la proie préférée; !ils les empoignent par le cou, allongent leurs jambes sous le iventre et partent comme une flèche. Leur audace est in-croyable. Il n’y a pas un campement de caravane, ou mêmede pacha et d’ambassade, où ils ne pénètrent malgré la plusattentive surveillance. Ils rampent, glissent, s’aplatissentcontre terre, couverts d’herbes, de paille, de feuilles, vêtus ide peaux de mouton, sous les déguisements de mendiants, demalades, de fous, de soldats, de saints.
» Ils risquent leur vie pour un poulet et font dix millespour un écu. Ils sont parvenus à dérober des sacs d’argentsous la tête d’un ambassadeur endormi; et cette nuit même,malgré le cordon de sentinelles, ils ont volé un mouton at-taché au lit du cuisinier, qui, le matin, en s’apercevant duvol, resta une demi-heure devant sa tente, avec les bras encroix et le regard fixé sur l’horizon, s’écriant de temps entemps : Ali, madonna santa , chepais! che pals! che pals!
» J’ai nommé lés douars. On ne peut parler du Maroc sansles décrire. Le douar est ordinairement formé de dix, quinze ouvingt familles qui, le plus souvent, sont liées entre elles parun üen de parenté ; chaque famille a sa tente. Ces tentes sontdisposées en deux lignes parallèles, distantes d’une trentainede pas l’une de l’autre, de manière à former dans le milieuune sorte de place rectangulaire ouverte aux deux extrémités.Elles sont toutes pareilles et consistent en un grand morceaud’étoffe noire ou couleur chocolat, tissée en fibres de palmiernain, en laine de chèvre ou en poil de chameau, soutenuepar deux bâtons ou deux gros roseaux unis ensemble parune traverse de bois formant le toit. Cette forme est exacte-ment celle des habitations des Numides de Jugurtha queSalluste comparait à un vaisseau renversé la quille en l’air.En hiver et en automne, la toile est tendue jusqu’à terre et