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fixée, au moyen de cordes, à des pieux, de manière à nelaisser pénétrer ni l’eau ni le vent. En été, on laisse toutautour, pour la circulation de l’air, une large ouverture pro-tégée par une petite haie de joncs, de roseaux ou de roncesdesséchées. Grâce à ce système, les tentes sont plus fraîchesen été et mieux closes pendant la saison pluvieuse que lesmaisons mauresques delà ville, quin’ont niportesni fenêtres.La plus grande hauteur d’une tente est de deux mètres etdemi, sa plus grande longueur de dix mètres. Celles qui sontles plus grandes appartiennent à quelque cheik riche et sontrares. Une muraille de joncs divise l’habitation en deux par-ties ; ici dorment le père et la mère, là les fils et le reste de lafamille.
» Une ou deux nattes d’osier, une caisse en bois barioléed’arabesques où l’on enferme les vêtements, un petit miroirrond de Trieste ou de Venise , un haut trépied de roseauxrecouvert d’un haïk sous lequel on se lave, deux pierres pourmoudre le grain, un métier de la même forme que du tempsd’Abraham , un grossier flambeau de cuivre, quelques vasesde terre, quelques peaux de chèvres, quelques plats, une que-nouille, une selle, un fusil, un poignard, tels sont les seulsustensiles de chacune de ces cases. Ajoutez dans un coin unepoule et sa couvée, devant l’entrée un fourneau formé dedeux briques ; à côté de la tente un petit jardin ; plus loinquelques fossés ronds, revêtus de pierre ou de ciment, danslesquels on conserve les grains.
» Dans presque tous les grands douars il y a une tente àpart pour le maître de l’école, auquel le village donne cinqfrancs par mois outre beaucoup de provisions. Tous les jeunesgarçons viennent là répéter cent mille fois les mômes versetsdu Koran et les écrire, quand ils les savent par cœur, surune tablette en bois. La plupart, quittant l’école avant mêmede savoir lire, pour aller travailler avec leurs parents, oublienten peu de temps ce qu’ils ont appris. Ceux, en petit nombre,qui ont la volonté et les moyens d’étudier, continuent jus-qu’à vingt ans, pour aller ensuite, compléter leurs étudesdans une ville, et devenir taleb, c’est-à-dire écrivain ou no-