laissant en mer les débris de leur flottille, et des centainesde noyés. Mais ces exemples, trop rarement donnés à cespeuplades inhospitalières, n’ont sur elles d’autre effet que deles rendre plus habiles à guetter leur proie et d’exciter plusardemment leurs désirs de représailles.
» Les alentours des presidios sont pour eux un autrethéâtre, où ils peuvent satisfaire à la fois leur rapacité etleurs passions belliqueuses. C’est là qu’on peut appliquer à lalettre le fameux adage : Con los moros , plomo o plcita. Duplomb et de l’argent, voilà ce qu’ils y viennent chercher. Aveccette singulière aptitude qui distingue les sauvages à seplacer sans cesse sans efforts aux situations extrêmes, ilssavent être chaque jour pour les Espagnols des marchandsinoffeusifs et des ennemis pleins de vigilance. Chaque matinils apportent devant la citadelle des denrées de toutes sortes.Jusqu’à une heure déterminée, les soldats vont et viennent aumilieu du marché, débattent avec les montagnards le prixdes provisions qu’ils ont choisies. A contempler cette scèneanimée par les rires, les lazzis, par des incidents quelquefoisburlesques, on se croirait sur un terrain où tous les cœurssont unis par des liens paternels. Il n’y a peut-être pasd’exemple que les indigènes aient jamais trahi la confiancede leurs clients désarmés. Tout à coup le son d’une clochesuspend les transactions. Les Maures empochent leur recette,les Espagnols rentrent dans la citadelle, dont les portes sereferment aussitôt. En un clin d’œil les ânes et les mules dé-talent emportant corbeilles etballots. Les vieillard s en prennentsoin. Les hommes et les jeunes gens vont ramasser leurs fu-sils dans les buissons, et ouvrent contre la place un feu detirailleurs qui durera, sans trêve ni relâche, jusqu’au marchédu lendemain. C’est là depuis des siècles, l’école de tir desjeunes gens du Riff . Rarement l’ennemi se découvre, mais ilsespèrent qu’une balle perdue ou déviée ira parfois frapper unEspagnol . Lorsqu’un étranger visite Ceuta , les officiers nemanquent pas, pour lui prouver que la solitude des abordsn’est qu’apparente, de renouveler une expérience traditionnelle,ils élèvent au-dessus des murs un shako, et lui impriment au