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L' Afrique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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MAROC . 73

laissant en mer les débris de leur flottille, et des centainesde noyés. Mais ces exemples, trop rarement donnés à cespeuplades inhospitalières, nont sur elles dautre effet que deles rendre plus habiles à guetter leur proie et dexciter plusardemment leurs désirs de représailles.

» Les alentours des presidios sont pour eux un autrethéâtre, ils peuvent satisfaire à la fois leur rapacité etleurs passions belliqueuses. Cest quon peut appliquer à lalettre le fameux adage : Con los moros , plomo o plcita. Duplomb et de largent, voilà ce quils y viennent chercher. Aveccette singulière aptitude qui distingue les sauvages à seplacer sans cesse sans efforts aux situations extrêmes, ilssavent être chaque jour pour les Espagnols des marchandsinoffeusifs et des ennemis pleins de vigilance. Chaque matinils apportent devant la citadelle des denrées de toutes sortes.Jusquà une heure déterminée, les soldats vont et viennent aumilieu du marché, débattent avec les montagnards le prixdes provisions quils ont choisies. A contempler cette scèneanimée par les rires, les lazzis, par des incidents quelquefoisburlesques, on se croirait sur un terrain tous les cœurssont unis par des liens paternels. Il ny a peut-être pasdexemple que les indigènes aient jamais trahi la confiancede leurs clients désarmés. Tout à coup le son dune clochesuspend les transactions. Les Maures empochent leur recette,les Espagnols rentrent dans la citadelle, dont les portes sereferment aussitôt. En un clin dœil les ânes et les mules dé-talent emportant corbeilles etballots. Les vieillard s en prennentsoin. Les hommes et les jeunes gens vont ramasser leurs fu-sils dans les buissons, et ouvrent contre la place un feu detirailleurs qui durera, sans trêve ni relâche, jusquau marchédu lendemain. Cest depuis des siècles, lécole de tir desjeunes gens du Riff . Rarement lennemi se découvre, mais ilsespèrent quune balle perdue ou déviée ira parfois frapper unEspagnol . Lorsquun étranger visite Ceuta , les officiers nemanquent pas, pour lui prouver que la solitude des abordsnest quapparente, de renouveler une expérience traditionnelle,ils élèvent au-dessus des murs un shako, et lui impriment au