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LECTORES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
Le gouvernement et l’atlministration*
« Le sultan possède en propre non seulement le territoire,mais encore les biens et la personne même de ses sujets. Ils’en trouve qui refusent de se laisser ainsi posséder : ceux-làsont les berbères maudits, la honte de l’islamisme. Les sujetsdoivent s’estimer heureux quand chaque matin leur tête seretrouve sur leurs épaules ; à plus forte raison s’ils ont en-core entre les mains quelque moyen d’existence...
» Chaque ville ou place du territoire est livrée aux griffesd’un kaïd ou gouverneur, qui exerce à peu près sans contrôlesur ses administrés la môme autorité que le sultan exerce surson peuple. Les tribus ont aussi leurs kaïds, et les villages detentes ou douars obéissent à des chérifs, sous l’autorité deskaïds. Les pachas gouvernent des provinces, et ont plusieurskaïds sous leur dépendance. Enfin, le sultan, au moyen deses vizirs, s’est réservé la haute direction des seigneurspachas.
» Ces éléments nous étant connus, expliquons le jeu dupressoir aurifère dans son ensemble et dans ses détails. Lesultan, d’une seule parole, a donné le mouvement. Il a dità tel pacha : « Il me faut cent mille piastres... le pachadit à ses kaïds : « Sidna (notre seigneur) veut de l’argent ;» si chacun de vous ne me donne cent mille piastres, chacun» de vous pourrira en prison. » Les kaïds appellent à eux lesplus riches, les notables, les négociants : « Sidna veut de l’ar-» gent : celui d’entre vous qui ne m’apportera pas mille» piastres périra sous le bâton. » Si la requête s’adresse à desjuifs, elle comporte de légères variantes, et pourrait se for-muler à peu près en ces termes : « Si l’un de vous ne me» donne mille piastres, ses biens seront confisqués, sa mai-» son rasée, sa famille périra sous le bâton; sa tête, coupée» et salée, sera pendue à la porte delaKasba,où les corbeaux» la couvriront de leurs ordures. »
» Ainsi, l’ordre parti d’en haut se transmet toujours plusmenaçant jusqu’aux individus taillables et corvéables à merci.