Bâton, prison, violence de toute sorte venant en aide, l’orfinit par jaillir au milieu d’un concert de soupirs et de gémis-sements. .. N’oublions pas de rappeler que si l’empereur de-mande mille piastres, le pacha demande autant de fois millepiastres qu’il a de kaïds sous sa dépendance : les kaïds, au-tant de fois cette même somme qu’ils ont d’administrés pré-sumés assez riches pour la donner, d’où il résulte que, pourchacun de ses fonctionnaires, l’ordre impérial n’est qu’unprétexte aux exactions particulières. Le sultan sait d’ailleursque penser là-dessus. Il n’a garde de rien réformer : il trouveplus avantageux de pratiquer la pression à la deuxième puis-sance ; et cette fois, c’est aux kaïds et aux pachas de dégor-ger les trésors qu’ils ont engloutis pour leur propre compte.
» L’empereur juge-t-il qu’un de ses pachas ou kaïds s’estapproprié, à la faveur des coupes réglées qu’il a effectuées aunom du maître dans les biens de ses sujets, une quantité notabledepiastreset de douros, il donne des ordres pour qu’on l’amèneà la cour. Un beau matin, le pacha ou kaïd se voit tout à coupsaisi par un détachement de la garde noire, qui l’enlève sansmot dire, le jette en travers d’une mule, le sangle ni plus nimoins qu’une botte de fourrage, et lui fait traverser ainsi lesplaines qui le séparent de Maroc ou de Fez . J’ai vu plusieursde ces malheureux, à barbe blanche, vêtus avec distinction,chevaucher de la sorte sous un soleil dévorant, les reins àdemi-brisés, les membres inertes sous un réseau de lienstranchants, la tête pendante, la face tournée à la lumière, lesyeux injectés de sang. Les brutes à face noire qui les condui-saient n’avaient pour eux que violences et malédictions. Ar-rivée au terme de son voyage, la victime est jetée dans uncachot, d’où on la tire chaque jour pour la soumettre à labastonnade, seul moyen d’obtenir la révélation du lieu où sontcachés les trésors convoités. Mais l’avarice rend de bronze lachair des victimes. Il y a quatre ans, le kaïd de Dar-el-Bcïdasupporta pendant plus d’un mois une torture qui consistait àl’élever entre deux poteaux, puis à le laisser retomber, toutembarrassé de liens, sur un amas de figuiers de Barbarie hé-rissés de leurs longues épines, meurtrières comme despoi-