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L' Afrique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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MAROC . 81

Bâton, prison, violence de toute sorte venant en aide, lorfinit par jaillir au milieu dun concert de soupirs et de gémis-sements. .. Noublions pas de rappeler que si lempereur de-mande mille piastres, le pacha demande autant de fois millepiastres quil a de kaïds sous sa dépendance : les kaïds, au-tant de fois cette même somme quils ont dadministrés pré-sumés assez riches pour la donner, d il résulte que, pourchacun de ses fonctionnaires, lordre impérial nest quunprétexte aux exactions particulières. Le sultan sait dailleursque penser-dessus. Il na garde de rien réformer : il trouveplus avantageux de pratiquer la pression à la deuxième puis-sance ; et cette fois, cest aux kaïds et aux pachas de dégor-ger les trésors quils ont engloutis pour leur propre compte.

» Lempereur juge-t-il quun de ses pachas ou kaïds sestapproprié, à la faveur des coupes réglées quil a effectuées aunom du maître dans les biens de ses sujets, une quantité notabledepiastreset de douros, il donne des ordres pour quon lamèneà la cour. Un beau matin, le pacha ou kaïd se voit tout à coupsaisi par un détachement de la garde noire, qui lenlève sansmot dire, le jette en travers dune mule, le sangle ni plus nimoins quune botte de fourrage, et lui fait traverser ainsi lesplaines qui le séparent de Maroc ou de Fez . Jai vu plusieursde ces malheureux, à barbe blanche, vêtus avec distinction,chevaucher de la sorte sous un soleil dévorant, les reins àdemi-brisés, les membres inertes sous un réseau de lienstranchants, la tête pendante, la face tournée à la lumière, lesyeux injectés de sang. Les brutes à face noire qui les condui-saient navaient pour eux que violences et malédictions. Ar-rivée au terme de son voyage, la victime est jetée dans uncachot, d on la tire chaque jour pour la soumettre à labastonnade, seul moyen dobtenir la révélation du lieu sontcachés les trésors convoités. Mais lavarice rend de bronze lachair des victimes. Il y a quatre ans, le kaïd de Dar-el-Bcïdasupporta pendant plus dun mois une torture qui consistait àlélever entre deux poteaux, puis à le laisser retomber, toutembarrassé de liens, sur un amas de figuiers de Barbarie hé-rissés de leurs longues épines, meurtrières comme despoi-