ICC LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
lutte en Afrique , égorgea son cousin dans Cirta, et rompu à toutes lesruses de la guerre dans un pays difficile, ayant appris des Romains em-ménies, dans les rangs desquels il avait servi, l’art de les vaincre, achetantou trompant les centurions et les consuls, il tint dix ans la puissance romaineen échec. J lélcllus et Marins en eurent enfin raison, grâce à la trahison deson beau-père Bocchus , roi de Mauritanie , et le terrible Numide, trainé captifà Rome , périt de faim dans la prison du Tullianum (104 av. J.-G.).
La Numidie , divisée par Rome entre deux rois, tourna ses armes contreelle-même. Les rivalités des factions éteignirent le sentiment de l’indé-pendance; les guerres civiles maintinrent vainqueurs et vaincus sous lejoug. La Numidie tint pour Sylla et Pompée , Juba, lils de Iliempsal II, étaitun pompéien ardent; la Mauritanie se déclara pour César. Juba, vaincu àThapsus, se tua. La Numidie fut démembrée; ses dépouilles partagéesentre Rome et les rois de Mauritanie . Quand la dynastie de Bocchus futéteinte, Auguste donna la Mauritanie à Juba II . Elevé à Rome , savant et lettré,ce protégé d’A nguste importa dans Césarée (Cherchell ), sa capitale, les sciences,les arts, les institutions de Rome ; au besoin, les légions romaines prêtaientmain-forte à ce vassal docile et souple qui romanisait son royaume. Sous Ti bère . un Numide courageux et habile, Tacfarinas, voulut émanciper l’Afrique ;par une habile tactique, il déjoua longtemps les efforts des généraux romains:vaincu enfin par lilésus, il prit la fuite, et se fit tuer près d’Auzia (Aumale ;(29 ap. J.-C.). Un peu plus tard, pour aller plus vite, Caligula fit étranglerle dernier roi maure, Ptolémce; une tentative de révolte fut réprimée, etl'Afrique devint province romaine depuis la grande Syrte jusqu'aux colonnesd’Ilercule.
Sous la domination romaine, l'Afrique traversa une période de prospéritématérielle qu'elle n’avait jamais connue. L’administration impériale fonda ourclnitit des villes nombreuses, les embellit de monuments, ouvrit des routes,établit des camps et des postes militaires, développa l’agriculture et fil dela Numidie un nouveau grenier de Rome . Notre colonie algérienne , laTunisie et le Maroc sont couverts de ruines imposantes qui sont le témoi-gnage de cette splendeur passée. On a composé des volumes avec lesinscriptions recueillies sur ses monuments, et chaque année, l’archéologies’enrichit de nouvelles découvertes africaines. « Partout des aqueducs, des» thermes, des temples, des théâtres, des arcs triomphaux, les travaux» utiles et les constructions luxueuses, tout ce qui indique l'aisance et les» loisirs heureux... La carte de l’ancienne Afrique nous montre le pays» couvert de routes qui la sillonnent dans tous les sens. Sétif , Cirta, Lam-» bessa. Hippone, étaient autant de riches carrefours où se croisaient les» communications ; dix routes passaient à Sétif , six à Cirta et à Hippone.» cinq à Lambessa*. » La culture intellectuelle était aussi très répandue.« Cette population composite, dit M. Wahl, formée par le mélange des» émigrants latins, des débris puniques, des indigènes assimilés, gardait au» milieu de l’uniformité romaine son caractère distinct et comme une origi-
1. Wahl, XAlgérie, p. GO; — GnfTarel, XAlgérie, p. 7. — « En 483 de notre ère,» dit O’Mac Carthy, on y comptait plus do quatro cents évêchés, représentant» les quatre cents localités principales do cette grande région, centres plus ou» moins importants dont les derniers vestiges se montrent de toutes parts autourh de nous. » Voir, sur ce sujet, le récent ouvrage de M. Boissièrc, recteur del’Académie d’Alger, publié sous ce titro : Esquisses d'une histoire de la conquêteet de l'administration romaine dans le nord de l’Afrique : réimprimé en 2 vol. souscelui do XAlgérie romaine, 18S3, et couronné par l’Institut.