arbore le drapeau rouge sur les forts, et aussitôt que Duquesne recom-mence le bombardement, fait attacher le P. Levaclier et vingt-deux Français à la bouche de ses canons. L’amiral français , manquant de munitions, tintrentrer à Toulon , et les Algériens se vantfrent de l’avoir fait fuir. Un nou-veau traité fut signé par Tourvüle en 1684, sous la menace d’un nouveaubombardement. Il ne fut pas davantage respecté. Quatre ans après, l’amiral^Entrées fit pleuvoir sur Alger dix mille bombes ; de dix mille maisons, huitcents restèrent debout. Les Algériens attachèrent le consul et trente-cinqFrançais à la bouche des canons; d'Estréesusa de représailles, et fit égorgerdix-sépt prisonniers turcs. Ces effroyables exécutions servirent néanmoinsde leçon aux Algériens . Le traité que leur ambassadeur vint négocier àVersailles eu 1690, fut mieux observé durant le dix-huitième siècle.En 1764, le chevalier de F abry le renouvela avec le dey Ali-pacha. En 1791et 1793, il fut de nouveau confirmé. Pendant l’expédition d’Egypte , sur unordre parti de Constantinople , les corsaires algériens ruinèrent les établis-sements français et mirent aux fers le chargé d’affaires de la République et tous nos nationaux. Le premier consul Bonaparte écrivit directement audey une lettre de menaces. Le dey fit amende honorable. Les musulmansavaient appris à redouter le héros d’Aboukir. Il est vrai qu’après l’anéan-tissement de notre flotte à Trafalgar, les pirateries recommencèrent 1 .Napoléon n’en prépara pas moins une expédition contre Alger : le capitaineBoutin fut envoyé en mission pour explorer le littoral et choisir un fieu dedébarquement : “il indiqua Sidi-Ferruch, où devaient prendre terre les Fran çais vingt-trois ans plus tard. Napoléon ne donna pas suite à son projet 2 .
En 1816, le congrès de Vienne décida qu'il serait mis un terme à l’escla-
1. « Une do leurs plus illustres victimes, écrit M. Gafîarel (p. 45), fut le grand» astronome Arago. En avril 1807, obligé de quitter précipitamment l’ilo de Ma-il jorque où il mesurait l’arc du parallèle compris entre le mont Galatzo et Iviço,» il se rendit à Alger sur une barque de pêcheurs. Accueilli par notre consul,» Dubois-Thainville, il s’embarqua pour Marseille , mais fut pris en mer par un» corsaire espagnol . Le dey d’Alger protesta contre cette insulte faite à son pa-» villon, et obtint qu’on rendrait la liberté à l’équipage. Jeté par la tempête à» Bougie , et fort maltraité par les indigènes qui le dépouillent et le pillent, il» n’est sauvé que par un marabout qui le prend sous sa protection, et le conduit» à Alger couvert du burnous des Arabes ; mais il est fort mal reçu par le dey,» qui le fait inscrire sur la liste des esclaves et l’envoie servir à bord des eor-» saires de la régence en qualité d’interprète. Arago ne recouvra sa liberté que» sur les instances du consul de Suède , et ne put rentrer en Franco qu’en juillet.» 1809. »
2. « A force d’esprit- et de fermeté, de courage et de finesse, malgré les obstacles» de tout genre qu’il rencontra, Boutin réussit au delà de ce que les plus auda-» cieux auraient cru possible. « J’ai parcouru, écrivait-il au ministre de la ma-» rinc, Dcorès, ces parties de la ville où les chapeaux ne paraissent pas, et tout» autour d’Alger j’ai dépassé do trois à quatre lieues les limites assignées aux» Européens. » Riche de dessins, de croquis et de notes de toute espèce, il sem-» barqua pour Toulon , le 12 juillet; mais le 28, le brick qui le ramenait fut alta-» qué, à la hauteur de la Spezzia, par une frégate anglaise. Boutin n’eut que le» temps de jeter à la mer ses dessins et ses papiers les plus importants. Fait» prisonnier et conduit à Malte, il s’en échappa un mois après, déguisé en rnate-» lot-, prit passage pour Constantinople , et revint par terre en France . Telles» étaient la netteté de ses souvenirs et la justesse de son esprit que, grâce aux» croquis et aux notes qu’il avait pu sauver, il réussit à faire seize grands dessins»> et à rédiger un mémoire dont le prix n’a été vraiment connu qu’en 1830. »(Camille Rousset , La conquête d’Algei', ehap. i or , p. 38.)