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L' Afrique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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110 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE-.

» se grisaient à bon marché; ils avaient aussi leur part de liesse. A de« certains jours, tonte la ville devenait morne; les rues étaient désertes,» les maisons closes ; la milice venait dégorger le dey, les Coulourlis se» révoltaient, une escadre européenne lançait à toute volée ses boulets et» ses bombes; mais l'orage passé, on reprenait avec insouciance la vie» accoutumée. Telle fut Alger pendant trois siècles, métropole de la pira-» terie, rendez-vous de tous les forbans, patrie cosmopolite des aventuriers» sans scrupule, terreur des nations civilisées, quelle bravait avec l'amlacc» dune longue impunité. Cette impunité est l'étonnement de lhistoire 1 . »

Soit crainte, soit indifférence, les puissances de lEurope se contentèrentle plus souvent daclietev par des tributs le droit de commercer dans hrégence dAlger ou seulement de faire passer sans péril leurs navires dansses eaux. On ne tenta, après les grandes armadas de Charles-Qnint, etnotamment celle de 1541 ou sillustrèrent les deux chevaliers de lordre deMalte, Savignac de Balaguer et durand de Villegaignon , que de rares expé-ditions contre Alger . LEspagne en 1783, et en 1784, y échoua.

Relations de la France et de lOdjak. La France entretintavec lOdjak des relations diplomatiques qui plus d'une fois aboutirent àdes alliances de commerce. Dès 1520, des négociants provençaux obtenaientà prix dargent le privilège exclusif de la pêche du corail, et de l'exportationdes produits algériens 2 . Plusieurs fois ce privilège fut renouvelé et desétablissements furent fondés au Bastion de France, à La Calle, au cap Rose,à Collo. Dès 1581, un consulat français fut établi à Alger . Un instant, sonsCharles IX , les Algériens pensèrent à se donner à la France 3 , on parla deleur envoyer le duc dAnjou comme dey, mais le projet naboutit pas; letriste prince devint roi de Pologne avant de régner sur la France . LesAlgériens nous én gardèrent rancune, emprisonnèrent notre consul, captu-rèrent nos vaisseaux. Henri IV protesta auprès du sultan. Par ordre de SaHautesse, le dey Kader fut étranglé, mais les brigandages continuèrent (1604).Les négociations sans cesse reprises et interrompues aboutirent enfinen 1628 à un traité définitif qui rétablissait la France dans sa situationprivilégiée, relevait ses comptoirs, et promettait toute sécurité à ses navi-gateurs. En échange de ces engagements, les Français payaient à lOdjak24 000 doubles. Lheureux négociateur était SansÔn Napotion; mais letraité ne fut point exécuté, et les déprédations redoublèrent. Richelieuenvoya des escadres contre Alger , renouvela les conventions ; lOdjak con-tinua de laisser massacrer nos agents, piller nos cargaisons, et remplir lesbagnes dAlger de prisonniers français .

Louis XIŸ résolut den finir avec ces humiliations. Le duc de' Beaufortfut envoyé en Afrique à la tête dune escadre. Djidjelli fut prise, mais cetteconquête resta sans résultat. En 1682, Duquesne fut envoyé contre Alger et la bombarda une première fois. Lannée suivante, nouveau bombar-dement. Les Algériens , pour sauver leur ville dune entière destruction,entament des négociations par lintermédiaire du vicaire apostolique Leva-cher, consul de France . Duquesne exige comme otages lamiral Mezzomorte etle capitaine AK. Ils sont livrés. Mais tandis quon parlemente, Mezzomorte,sous prétexte davancer les négociations, demande à aller à terre. On se fieà sa parole : à peine rentré à Alger , il égorge le dey, prend sa place,

1. Maurice Wahl, Y Algérie, p. 92.

2. Yoy., plus loin, la Pêche du corail et les négociations qui l'ont autorisco.

3. Voyez, a ce sujet, les Annales algériennes , de M. Pélissier de Rcynuad,