116 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
passer par l'intermédiaire d’interprètes pour la plupart étrangers, quelques-uns suspects ou méprisés. Les officiers, chefs des bureaux, apprirent leslangues du pays, et s’enquirent par eux-mèmes du caractère, des mœurs,des habitudes, des usages du pays. Le premier chef du bureau arabe futLamoriciére . « On ne pouvait faire un meilleur choix. Cet officier connais-» sait déjà assez bien l'arabe pour traiter directement avec les indigènes.
» Il était de plus homme de résolution, plein de ressources dans l’esprit,
» et animé de la généreuse intention de se distinguer par quelque chose« de grand et d’utile. En se rendant plusieurs fois seul au milieu des» Arabes , il prouva le premier qu’on pouvait traiter avec eux autrement» que la baïonnette au bout du fusil 1 . » (1832.) L’institution des zouavesavait précédé celle des bureaux arabes. Bourmont en eut l’idée le premier;mais Clauzel les créa. Il s’agit d’abord d’organiser des bataillons indigènes;ils furent composés de Zouaouas, Kabyles indépendants de la province deConstantine, habitués au rôle de soldats mercenaires. De Zouaouas nousavons fait zouaves; peu à peu d’ailleurs, l’élément indigène diminua puisdisparut presque dans le corps des zouaves : « avec les années, les zouaves» ne gardèrent de leur origine que le nom, l’uniforme indigène, l’esprit qui» présida à leur formation, et qui y attira les caractères ardents et aven-» tureux. » Lamoriciére fut aussi un de leurs premiers capitaines, et leurimprima ses allures, son activité, son audace, son impétuosité, sa fermeté 2 .
A la routine des premiers jours succéda une administration plus conforme :aux nécessités de la situation et au génie des peuples vaincus. Pour leshommes d’état et les officiers les plus intelligents, l’Algérie ne fut plus sen- ,lement un champ de bataille héroïque, une école de guerre, une terre con-quise à rançonner, mais une colonie à organiser et à féconder; ceux-là |défendaient°)e système de l’assimilation et non du refoulement; mais ilsfurent longtemps en minorité et impuissants: longtemps les indécisions, lesessais continuèrent et paralysèrent le progrès. A Itovigo malade succédacomme intérimaire le général Voirol (avril 1833-juillet 1834). Son admi-nistration fut habile et féconde. Contre les Arabes il établit le système desrazzias : Trézel enleva Bougie , Moncl; d’Uzer se maintint dans Bône ; lecheikh de Tuggurt invoqua l’alliance de la France . Quand Voirol quitta l’Al gérie , les caïds lui offrirent des présents, et les Européens une médailled’honneur, en souvenir de son équité, de sa tolérance et de sa droiture.
II. Deuxième période : l’occupation étendue; création dugouvernement général. —Cette même année (1834), le gouvernementde Louis-Philippe avait enfin pris un grand parti, celui de conserver l’Algé rie . Une commission envoyée en Afrique en 1833, pour étudier la question
1. E. Pélissier de Raynaud, capitaine d’état-major, chef du bureau arabe àAlger en 1832-33; Annales algériennes , t. II, p. 72.
2. Lamoriciére parcourait les tribus des environs d’Alger , parlait aux Arabes depaix et de justice, de son désir de connaître et de satisfaire leurs besoins. Ses pa-roles étaient conciliantes ; les indigènes confiants approvisionnèrent le camp fran çais et les marchés. Lamoriciére se présentait souvent seul aux Arabes, arméseulement d’une canne, dont il savait au besoin se servir pour ne pas recouriraux juges. On l’avait surnommé Bou-Aroua (le père du bâton). C’est lui qui ûtdes zouaves, aventuriers de toute provenance, un corps d’élite, les soldats dLVfriquepar excellence, les héros des coups de main difficiles, les fantassins des longuesmarches, des nuits sans sommeil, et des jours sans eau. Les Arabes caractérisaientson activité ardente en disant qu’il mâchait de la poudre depuis l’aube jusqu’aucoucher du soleil.