118 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
mence et une modération magnanimes, tantôt des passions violentes, et uneimpitoyable cruauté.
Nous ne pouvons ici qu’indiquer à grands traits les phases de cette lutte,dans laquelle le fils de Maheddin tint parfois en échec les généraux les'plusvaillants de la France .
Traité Desmichels. — En 1833, à Boyer, qui commandait dans Oran ,succéda Desmichels. La France occupait avec Oran , les places d'Arzeu,Mostaganem , Tlemcen . Tout le reste tenait pour Abd-el-Kader . Desmichels,comme emprisonné en pays ennemi, essaya de traiter avec l’émir.Celui-ci, dont l'autorité était encore mal assise, y consentit volontiers.Desmichels le salua du titre de prince des croyants, et en traitantavec lui d’égal à égal au nom de la France , accrut son prestige. L’impru-dent négociateur imposait lui-même en quelque sorte notre plus dangereuxennemi comme chef religieux et politique à toutes les tribus musulmanes.Desmichels, fidèle exécuteur du traité du 26 février 1834 *, qui porte soinom, fournit à l’émir des secours pour vaincre ses compétiteurs, parmi les-quels était le chef des Douairs et des Smélas, Mustapka-ben-Jsmaêl. Abd- el-Kader se débarrassa de ses ennemis, organisa son armée et ses financeset se trouva bientôt, grâce à la complicité inconsciente du représentant de laFrance , prêt à soutenir la lutte contre la France . Le peuple, les cheikhs,les marabouts, se donnèrent à lui comme à l’homme désigné par Dieu .Drouet d’Erlon rappela Desmichels, et le remplaça par Trézel .
Le nouveau général ramena à la soumission lés Douairs et les Smélas,parla convention du Figuier . Abd-el-Kader revendiqua l’autorité sur cestribus, et leur donna l’ordre d’aller camper loin d’Oran . Elles en appelèrentà Trézel : celui-ci somma l'émir de renoncer à ses prétentions. Sur son re-fus, il partit de son camp du Tlélat, en traversant les gorges de l'Habra etde la Macta, et attaqua les Arabes sur leSig; le lieu était mal choisi, lechemin bordé de ravins et de marais; 18 000 Arabes embusqués arrêtèrentles 2 500 soldats de Trézel , qui regagna Oran en désordre, et perdit500 hommes (26 juin 1835).
Ce désastre de la Macta valut à Abd-el-Kader une grande popularité.Trézel fut rappelé, et Drouet d’Erlon remplacé par Clauzel . Le maréchalessaya avant tout de venger l’échec de nos armes. Le fils ainé de Louis- Philippe , le duc d’Orléans, fit avec lui la campagne. Le 3 décembre 1835,l’émir fut battu et mis en fuite sur les bords de l'Habra : sa capitale, Mas-cara, mise au pillage par ses propres soldats et par son ordre, tomba entrenos mains. Les Français y séjournèrent deux jours et l’incendièrent. Abd- el-Kader vint assiéger Tlemcen : dans une nouvelle campagne, Clauzel lasauva et la repeupla. 11 partit ensuite pour la France , afin de combattreles funestes propositions de certains hommes politiques qui proposaient deréduire l’armée d’Afrique . En son absence, le général d’Arlanges, chargé detracer une route de Tlemcen à Rachgoun, à l’embouchure de la Tafna, fut
1. Les Arabes auront la liberté de vendre et acheter de la poudre, des armes etautres munitions de guerre. Le commerce de la Mersa (Arzeu) sera sous le gou-vernement du prince des Croyants; les cargaisons ne se feront pas autre part quedans ce port. Le général rendra les déserteurs enchaînés. Tout musulman pourraretourner chez lui à son gré. La religion et les usages des Musulmans seront res-pectés. Les prisonniers français seront rendus. Les marchés seront libres. LesFrançais déserteurs seront rendus. Tout chrétien qui voudra voyager par terredevra être muni d’uno permission revêtue du cachet du consul d’Abd-el-Kader etde celui du général.