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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
succession de messages avant pour but de lui apprendre quel’émir était malade, qu’il n’avait pu se mettre en route que forttard; qu’il serait bon peut-être de renvoyer l’entrevue au lende-main... A bout de patience, et oubliant la dignité de son rangpour n’obéir qu’aux impétueux conseils de son dépit et de soncourage, le général Bugeaud laisse au général Laidet le com-mandement des troupes, et suivi de son état-major, il se porteen avant.
» Presque entièrement composée de cavalerie, l’arméed’Abd-el-Kader figurait un immense triangle, dont les anglesmouvants s’appuyaient à trois collines. Arrivé au milieu desavant-postes, le général français vit venir à lui un chef de tribu,qui lui montra un coteau sur lequel était l’émir. « Je trouve« indécent de la part de ton chef, dit le général Bugeaud à« l’Arabe, de me faire attendre si longtemps et venir de si loin. »Et il s’avança résolument. Alors parut l’escorte de l’émir. Jeuneset beaux pour la plupart, les chefs Arabes étalaient avec fasteleurs riches costumes et montaient des chevaux magnifiques.Bien différente était celle du général Bugeaud, à laquelle s’étaientréunis plusieurs membres de l’administration civile, coiffés dela casquette modèle, et dans une tenue fort peu militaire. Uncavalier sortit des rangs. Il portait un burnous grossier, la cordede chameau, il ne se distinguait point par son costume du der-nier des cavaliers ennemis, mais autour de son cheval noir, qu’ilenlevait ayec beaucoup d’élégance, des Arabes marchaient,tenant le mors de bride et les étriers. C’était Abd-el-Kader . Legénéral français lui ayant tendu la main, il la lui serra par deuxfois, sauta rapidement à terre et s’assit. Le général prit placeauprès de lui, et l’entretien commença.
» L’émir était de petite taille. Il avait le visage sérieux et pâle,les traits délicats et légèrement altérés, l’œil ardent. Ses mains,qui jouaient avec un chapelet suspendu à son cou, étaient fineset d’une distinction parfaite. Il parlait avec douceur, mais il yavait sur ses lèvres et dans l’expression de sa physionomie unecertaine affectation de dédain. La conversation porta naturelle-ment sur la paix qui venait d’être conclue ; et Abd-el-Kader parlade la cessation des hostilités avec une mensongère et fastueuseindifférence. Le général français lui faisant observer que le traiténe pourrait être mis à exécution qu’après avoir été approuvé,mais que la trêve était favorable aux Arabes , puisque, tantqu’elle durerait, on ne toucherait pas à leurs moissons : « Ta