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L' Afrique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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I

ALGÉRIE. 151

poux dès à. présent les détruire, répondit-il, et je ten donneraipar écrit, si tu veux, lautorisation. Les Arabes ne manquentpas de grain. »

» Lentretien fini, le général Bugeaud sétait levé, et lémirrestait assis. Blessé au vif, le général français le prit alors parla main, et lattirant à lui dun mouvement brusque : « Maisrelevez-vous donc! » Les Français furent charmés de cette inspi-ration dune âme impérieuse et intrépide, et les Arabes laissèrentpercer leur étonnement. Quant à lémir, saisi dun trouble invo-lontaire, il se retourna sans proférer une parole, sauta sur soncheval, et regagna les siens. En même temps on entendit unepuissante clameur que les échos prolongèrent de colline en colline.Vive le sultan ! criaient avec enthousiasme les tribus. Un violentcoup de tonnerre vint ajouter à leffet de cette étrange scène; et,se glissant dans les gorges des montagnes, les Arabes dispa-rurent. (Louis Blanc , Histoire de dix ans, tome V, p. 233-o;10° éd. Pagnerre.)

Bugeand fit à Abd-el-Kader des concessions fâcheuses dans le traité conclu àla Tafna 1 (31 mai 1837). Il eut le tort surtout de reconnaître la légitimité desprétentions de l'émir, en partageant lAlgérie avec lui. Laccord de ces deuxsouverainetés était impossible. « Quelle est dailleurs la garantie du traité ?» écrivait le gouverneur-général Damrémont à Louis-Philippe ; il nen existe» aucune; Bugeaud le dit lui-même. Lexécution ne repose que sur le carac-» tère religieux et moral de lémir. Cest la première fois sans doute quune» pareille garantie fait partie dune convention diplomatique. » Malgré lesprotestations de Damrémont, le soulèvement de lopinion publique, les hé-sitations du ministère, le roi approuva le traité. Cétait laisser à lémir letemps de préparer contre nous la dernière et la plus formidable des guerres.

Les deux sièges de Constantine . Dans lintervalle, la France avait subi un grave échec devant Constantine . Dans cette ville continuait àrégner le bey Ahmed, ennemi de la France . Yousouf, qui commandait àBône, proposa à Clauzel une expédition contre Constantine . Le ministèreautorisa lentreprise en la désapprouvant, et refusa denvoyer au gouverneur le

1. En voici les principales clauses : l'émir Abd-el-Kader reconnaissait la souve-raineté de la France en Afrique . La France se réservait dans la province dOran,Oran , Mostaganem, Mazagran, Arzeu et leurs territoires avec certaines dépen-dances déterminées : dans la province dAlger , Alger , le Sahel , la Mctidja,Blida , etc. Lémir administrerait la province dOran , celle de Tittery, une partiede celle dAlger ; il naurait aucune autorité sur les Musulmans habitant sur leterritoire réservé à la France ; mais ceux-ci resteraient libres daller vivre sur leterritoire de lémir, et réciproquement. Les Musulmans gardaient lo libre exercicede leur culte. Lémir donnerait à larmée française trente mille fanègues de fro-ment, autant dorg'e, et cinq mille bœufs. La France lui cédait Rachgoun, Tlem-cen, le Méchouar. Le commerce serait libre entre les Arabes et les Français , lasécurité des personnes et les propriétés garanties de part et d'aul*e. Le commercede la régence ne pourrait se faire que dans les ports occupés par la France .