122 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
nombre d'hommes nécessaires. Yousouf, désigné comme bey de Conslantine,et plein de confiance dans le succès, trompa le gouverneur sur les difficultésde l’expédition. L’armée, partie trop tard de Ilône, fut décimée par les fiè-vres, les pluies torrentielles, la neige, le froid. L’assaut fut vainementdonné à la ville du côté de Mansourab et de Koudiat-Aty : Conslantine,isolée sur son rocher qu'enveloppent de trois côtés les profonds ravins dullummel, résista à toutes les attaques. Clauzel, et les chefs de bataillonnigaud et Changarnier , dirigèrent avec honneur la retraite. L'année suivante1183’!) Damrémont, successeur de Clauzel avec une armée de 12000 hom-mes, organisée avec le plus grand soin, marcha sur Conslantine : le khalifad'Abmed, lie h-Aïss«, défendait la ville, comme l’année précédente. Toutesles brèches avaient été réparées, les portes murées, les remparts couvertsîle batteries, les rochers eux-mêmes garnis de créneaux. Les assiégeantsconcentrèrent de nouveau leurs efforts sur Mansourab et le Koudiat-Aty.Aux sommations de Damrémont, llen-Aïssa répondit fièrement : « 11 y a à» Constantine beaucoup de munitions de guerre et de bouche. Si les Fran-» çais en manquent, nous leur en enverrons. Nous ne savons ce que c’est» qu’une brèche, ni une capitulation, nous défendrons à outrance nos villes» et nos maisons, vous ne serez mditres de Constantine qu’après avoir» égorgé le dernier de ses défenseurs. » L’attaque du 12 octobre coûta lavie à Damrémont et au général Perrcgaux : le 13, Va lée prit le commande-ment et emporia la ville d’assaut; les colonels Lamoricière et Combolurent blessés, le dernier à mort. Ben-A tssa s'échappa, Ahmed s’enfuit : pluslard, en 1848, il fit sa soumission, fut interné à Alger , et y mourut en 1850.La prise de Constantine avait été chèrement payée, mais elle assurait dé-sormais la domination française dans l’est 1 .
Activité et succès d’Abd-el-Kader . — Le traité de la Tafnapermit à Abd-cl-Kader d’étendre son autorité sur les tribus et de se débar-rasser de ses derniers rivaux. La France elle-même lui fournit des secourspour vaincre le marabout Tedjini, .chef d’une importante confrérie du Sa hara . Il distribua à sa manière les tribus, et les obligea à payer régulière-ment l’impôt; les tribus récalcitrantes furent dépouillées, massacrées, ourefoulées dans le désert. 11 employa toutes ses ressources à organiser souarmée. « Il avait 10 000 réguliers dont 3000 fantassins, 2000 cavaliers eln 240 artilleurs avec une vingtaine de pièces ; des poudrières .l'oiiction-» naient à Mascara, à Miliana, à Médéa, à Tagdempt; une manufacture» d’armes était installée à Miliana, une fonderie de canons à Tlemcen . Seh-» dou, Saïda, Tagdempt, Boghar, Biskra , formaient de l’ouest, à l’est une» ligne de places qu’il avait construites ou réparées ; c’étaient autant de» forteresses pour mater les tribus, de magasins où s'amassaient les appro-ii visionnements, de retraites en cas de guerre malheureuse 2 . »
L’émir interprétait à son profit les conditions un peu vagues du traité:il se plaignait des annexions de la France , et excitait sourdement contrenous les tribus. Le maréchal Valée, successeur de Damrémont, entama avec
1. M. de Gasparin, à la Chambre des pairs , n’en proposa pas moins d’abandon-ner la place après l’avoir démantelée, en même temps qu’à la Chambre des dépu-tés, M. Duvergier de Hauranne qualifiait de funeste et d’impolitique l'expéditionde Constantine , et que MM. Jobert et Desjobert demandaient avec plus d’énergieque jamais l’évacuation de l’Algérie . Le duc d’Orléans était mieux inspiré en écri-vant à son père que « la conversion de la Barbarie en province européenne mar-r querait son règne d’un des grands événements du siècle. »
2, Maurice Wahl, pages 133-î.