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L' Afrique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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ALGÉRIE . 127

» point de villes derrière elles et noffraient point de prise, pouvaient» quand elles le voulaient, se dérober à une attaque prévue en traversant» des terrains inaccessibles à nos troupes. Le général Bugeaud changea les» conditions de la guerre. Il importa et développa en Algérie le systèmen inauguré en Catalogne , pendant les guerres de lEmpire, par le maréchal« Gouvion Saiut-Cyiç quand celui-ci alla appuyer Macdonald. Il renonça à» lartillerie de campagne et fit tout porter à dos de mulets, lartillerie de» montagne, les vivres, les munitions. On put donc suivre partout les» Arabes , les suivre vite, arriver par lon voulait, par lon nétait» pas attendu ;trois conditions essentielles pour les atteindre et les sur-» prendre.

» Un de ses plus brillants lieutenants, le général Lamoricière, perfec-» tionca encore ce système. Les Arabes avaient une dernière supériorité» sur nous : ils ne portaient pas leurs vivres avec eux. A ceux qui deman-» lièrent comment nous pourrions vivre sans emporter de vivres, le général» Lamoricière répondit : « Les Arabes le font bien ; nous ferons comme» eux. » Les Arabes pouvaient se dispenser d'emporter des vivres parce» quils trouvaient du grain dans leurs silos, greniers souterrains dont ils» connaissaient lemplacement. Nous eûmes donc une difficulté de plus à» vaincre : il fallut découvrir les silos des Arabes. Cette difficulté narrêta» point le général Lamoricière . On le vit partir avec une colonne qui navait» que quatre jours de vivres, et tenir la campagne pendant vingt-deux» jours. Il fit ajouter seulement au fourniment ces petits moulins à bras en» usage parmi les Arabes; nos soldats manutentionnèrent eux-mêmes leur« galette après avoir découvert le grain. Pour opérer la découverte des» silos, on formait sur un espace dune ou deux lieues une chaîne de» soldats qui savancaient en fouillant la terre avec des baguettes de fusils» et des pointes de sabres, jusqu'à ce quon eût rencontré la pierre qui,» placée presquà fleur du sol, recouvre lentrée des silos. Alors, chacun se» mettant à lœuvre avec son moulin, réduisait le grain en farine, et bientôt» la galette était pétrie. Les silos fournissaient le grain; la razzia, quand» on trouvait loccasion den faire une, fournissait la viande ; on navait» plus besoin dapprovisionnement. O 11 vivait moins bien sans doute, majs» on marchait plus vite et l'on se consolait, en battant les Arabes , des» mauvais repas quon avait faits 1 . »

De 1841 à 1843 les garnisons furent toutes secourues et ravitaillées.Tagdempt, Mascara, Boghar, Thaza, Tlemcen furent occupées; la ligne deforteresses de lémir lui fut enlevée, un grand nombre de tribus du Ghélifet des monts Ouarensenis demandèrent laman (pardon). Abd-el-Kader guerroya dès lors en che.f de bande, errant avec sa smala de douze ouquinze mille personnes. Bugeaud disposait de cent mille hommes, et legouvernement ne lui refusa aucun moyen daction. Le général et ses lieu-tenants neurent plus quun dessein, cerner lémir et le prendre.

Prise de la Smala. Le 16 mai 1843, le duc dAumale, accompagnéde cinq ou six cents cavaliers, rencontra à Taguin la smala campée aubord dun ruisseau. Yousouf et Morris hésitaient à attaquer; le duc donnahardiment lordre de marcher. Surpris et déconcertés, les Arabes furent misen déroute; Abd-el-Kader , sa femme et sa mère purent senfuir; mais sestentes, ses drapeaux, son trésor, sa correspondance, un butin immense et

1. Alfred Nettement , Histoire de la conquête d'Alger (p. 5S9). Lecoffre, in-8°,