» point de villes derrière elles et n’offraient point de prise, pouvaient» quand elles le voulaient, se dérober à une attaque prévue en traversant» des terrains inaccessibles à nos troupes. Le général Bugeaud changea les» conditions de la guerre. Il importa et développa en Algérie le systèmen inauguré en Catalogne , pendant les guerres de l’Empire, par le maréchal« Gouvion Saiut-Cyiç quand celui-ci alla appuyer Macdonald. Il renonça à» l’artillerie de campagne et fit tout porter à dos de mulets, l’artillerie de» montagne, les vivres, les munitions. On put donc suivre partout les» Arabes , les suivre vite, arriver par où l’on voulait, par où l’on n’était» pas attendu ;’trois conditions essentielles pour les atteindre et les sur-» prendre.
» Un de ses plus brillants lieutenants, le général Lamoricière, perfec-» tionca encore ce système. Les Arabes avaient une dernière supériorité» sur nous : ils ne portaient pas leurs vivres avec eux. A ceux qui deman-» lièrent comment nous pourrions vivre sans emporter de vivres, le général» Lamoricière répondit : « Les Arabes le font bien ; nous ferons comme» eux. » Les Arabes pouvaient se dispenser d'emporter des vivres parce» qu’ils trouvaient du grain dans leurs silos, greniers souterrains dont ils» connaissaient l’emplacement. Nous eûmes donc une difficulté de plus à» vaincre : il fallut découvrir les silos des Arabes. Cette difficulté n’arrêta» point le général Lamoricière . On le vit partir avec une colonne qui n’avait» que quatre jours de vivres, et tenir la campagne pendant vingt-deux» jours. Il fit ajouter seulement au fourniment ces petits moulins à bras en» usage parmi les Arabes; nos soldats manutentionnèrent eux-mêmes leur« galette après avoir découvert le grain. Pour opérer la découverte des» silos, on formait sur un espace d’une ou deux lieues une chaîne de» soldats qui s’avancaient en fouillant la terre avec des baguettes de fusils» et des pointes de sabres, jusqu'à ce qu’on eût rencontré la pierre qui,» placée presqu’à fleur du sol, recouvre l’entrée des silos. Alors, chacun se» mettant à l’œuvre avec son moulin, réduisait le grain en farine, et bientôt» la galette était pétrie. Les silos fournissaient le grain; la razzia, quand» on trouvait l’occasion d’en faire une, fournissait la viande ; on n’avait» plus besoin’ d’approvisionnement. O 11 vivait moins bien sans doute, majs» on marchait plus vite et l'on se consolait, en battant les Arabes , des» mauvais repas qu’on avait faits 1 . »
De 1841 à 1843 les garnisons furent toutes secourues et ravitaillées.Tagdempt, Mascara, Boghar, Thaza, Tlemcen furent occupées; la ligne deforteresses de l’émir lui fut enlevée, un grand nombre de tribus du Ghélifet des monts Ouarensenis demandèrent l’aman (pardon). Abd-el-Kader guerroya dès lors en che.f de bande, errant avec sa smala de douze ouquinze mille personnes. Bugeaud disposait de cent mille hommes, et legouvernement ne lui refusa aucun moyen d’action. Le général et ses lieu-tenants n’eurent plus qu’un dessein, cerner l’émir et le prendre.
Prise de la Smala. — Le 16 mai 1843, le duc d’Aumale, accompagnéde cinq ou six cents cavaliers, rencontra à Taguin la smala campée aubord d’un ruisseau. Yousouf et Morris hésitaient à attaquer; le duc donnahardiment l’ordre de marcher. Surpris et déconcertés, les Arabes furent misen déroute; Abd-el-Kader , sa femme et sa mère purent s’enfuir; mais sestentes, ses drapeaux, son trésor, sa correspondance, un butin immense et