123
LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
Bac rail se contentait de les tenir en échec, et regagnait Mosta-ganem, dès que le ralentissement des feux lui avait appris quela garnison de Mazagran n’était plus aussi vivement pressée. Ladiversion du 6 fut particulièrement brillante. Les Arabes, atta-chés aux flancs de la petite colonne, réussirent un instant à lacouper en tronçons, malgré les feux d’une artillerie bien dirigée,Ils arrivèrent même, pêle-mêle avec nos troupes, jusqu’à l’espla-nade de Mostaganem , mais nos canons les firent de nouveaureculer. Le 7 au matin, un profond silence avait succédé auxbruits terribles des jours précédents. Du Barrail fort inquiet s’ima-gina que l’ennemi s’était emparé de Mazagran. Il sortit aussitôtde Mostaganem pour éclaircir ses doutes. Quelle ne fut pas sajoie en reconnaissant sur les ruines du fortin le drapeau tricoloredéchiré, mais debout ! On se précipite, on s’aborde, et les soldatsdes deux garnisons s’embrassent et se félicitent, nous n’avionsperdu que trois hommes et seize avaient été blessés. Plusieurscentaines d’Arabes avaient été tués ou blessés. Les cent vingtde Mazagran avaient bien mérité de la patrie. » Paul Gaffarei,,L’Algérie , histoire, conquêtes et colonisation 1 (p. 203-S).
Bugeaud, gouverneur général. — Le général Bugeaud, nomméen remplacement de Valée, arriva en Algérie au mois de février 1841.« Homme d’un esprit original et indépendant, d’une imagination fervente et» féconde, d’une volonté ardente, il pensait par lui-même et faisait une» grande place à sa propre pensée en servant le pouvoir de qui il tenait sa» mission. Ni l’éducation ni l’étude n’avaient, en la développant, réglé sa» forte nature; jeté de bonne heure dans les rudes épreuves de la vie mi-
» litaire,.il s’était formé par ses seules observations et sa propre ex-
» périence, selon les instincts d’un bon sens hardi qui manquait parfois (le» mesure et de tact, jamais de justesse ni de puissance 2 . » Il apportait enAfrique un plan nettement conçu : conquérir la région tout entière et lacoloniser militairement. Il fut exigeant et rude, trop souvent déliant et om-brageux, mais toujours vigilant et actif, il sut se faire auprès des soldatsune réelle popularité. « Le père Bugeaud, dit M. Wahl, fut pour l’arméed’Afrique ce qu’avait été pour la grande armée le petit caporal. »Nouvelle tactique. — Le nouveau gouverneur adopta une tactiquenouvelle. « La grande difficulté n’était pas tant de battre And-el-Kader que» de l’atteindre. Nous étions plus forts que lui, mais il était plus léger que» nous et passait où nous ne passions pas. Sous le maréchal Clausel, notre» armée, traînant avec elle les pesants charrois et tout l’attirail des armées» européennes, était obligée de suivre les grandes voies. Les Arabes savaient>> donc par où ils seraient attaqués, et les tribus nomades qui ne laissaient