142 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
Cet arbre, pendant près d’un demi-siècle, ne fut guère pourquelques botanistes qu’un objet de curiosité. Dans les serres duMuséum de Paris, dans l’orangerie de M. Demidof à San-Donato,en Angleterre même, on le confondait avec d’autres espècesi’eucalyptus, car le genre eucalyptus ne renferme pas moins decent cinquante espèces différentes. C’est dans le jardin botaniquefondé par les Anglais à Melbourne que furent révélées les mer-veilleuses propriétés de l’eucalyptus globulus , grâce aux essaiset aux études infatigables de deux hommes de bien, l’un alle mand d’origine, M. Ferdinand Mueller , directeur du jardinbotanique de Melbourne , l’autre français , M. Ramel, qui, venuen Australie en qualité de négociant en 1854, se passionnapour cet arbre admirable de beauté et d’élégance qu’il avaitaperçu dans une allée écartée du jardin de Melbourne , s’en fitle patron en France , et l’acclimata en Algérie .
« Presque étranger à la botanique, il ne connaissait, dit-il,
» de k cet arbre ni la figure, ni le nom ; mais dès ce moment» ce fut son arbre, son idée fixe, l’occasion de sa liaison» intime avec Mueller, de ses relations constantes avec le» Muséum de Paris, la Société d’acclimatation, les jardins,
» les savants, les amateurs. Il crut à l’eucalyptus comme» d’autres croient au triomphe du bien sur la terre : il vit ;» son arbre bien-aimé couvrant les montagnes de l’Algérie ,
» en assainissant les marais, en chassant la. fièvre, y rem-» plaçant par des cigarettes odorantes et salutaires les fumi-» galions stupéfiantes du haschisch. Ce rêve d’hier est bien» près à divers égards d’être la réalité d’aujourd’hui, car,
» cigarettes à part, aucun arbre n’est venu en si peu d’années» introduire, dans la végétation forestière de l’Algérie , un» élément aussi pittoresque, aussi utile, aussi plein de pro-» messes pour l’avenir 1 . »
1. « Le souvenir de Mueller et de Ramel doit rester lié aux bienfaits de Yeuêa-» lyptus partout où cet arbre prospérera comme une source de richesse etde» salubrité publiques. Dans l’histoiredela naturalisation lointaine de l 'eucalyptus.» M. Mueller, c’est le savant qui calcule sûrement l’avenir de l’arbre, qui lui trace» son itinéraire et lui prédit sa destinée ; M. Hamel, c’est l'amateur enthousiaste» qui s’enrôle corps et âme dans une mission de propagande. Tous deux ont la» foi, mais l’un est le prophète, l’autre l’apôtre, et dans cette noble confraternité» de services où les rôles se complètent et se confondent, la reconnaissance