174 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,beauté, surtout vers le sud, où l’œil s’égare sur de verdoyan-tes vallées dominées par une foule de pitons escarpés quecouronnent des villages kabyles.... Nos montagnes d’Europe ne peuvent donner aucune idée de ces formidables massesrocheuses d’apparence inaccessible, dont les crêtes se décou-pent en châteaux, en clochetons, en tourelles, en muraillesverticales. Les crêtes se succèdent comme les vagues del’Océan, toutes d’une teinte cendrée qui se détache vivementsur un ciel d’un bleu intense. On ne peut s’imaginer les effetsatmosphériques que produit cette violente lumière africaine.L’air est d’une telle pureté que cette chaîne, située à vingt-cinq kilomètres en droite ligne, semble n’être qu’à quelquespas. »
M. J. Leclercq fit l’ascension du plus haut pic du Jurjura, leLella Khredidja. Arrivé au col de Thala Rana, qui s’ouvre entrele Lella Kredidja et le massif du Thalelath, le voyageur fut sur-pris par un épais brouillard qui le glaçait.
« Pendant que nous prenions notre repas, le voile debrume se déchira partiellement et nous laissa voir le superbemassif du Thalelath, dont les murailles à pic offraient l’as-pect d’un château gothique. Nous poussâmes des cris de joie,dans l’espoir d’une prochaine éclaircie. Bientôt le pic deLella Kredidja se dressa à son tour au-dessus de nos têtes:c’était une grande pyramide jaune, parsemée de taches deverdure que nous prenions pour des bruyères et qui étaientdes cèdres plusieurs fois séculaires... La montée était rude,et tout le monde haletait. Ah ! les belles montagnes qui sedécouvraient à mesure que nous nous élevions ! Des paroisverticales, des pyramides, des tours d’une hauteur prodi-gieuse, des crêtes tailladées en scie, hérissées de glaives levésvers le ciel, des corniches aériennes suspendues au-dessusd’abîmes vertigineux, voilà les visions fugitives que nouslaissaient apercevoir de rapides éclaircies.
».Les cèdres que nous avions pris d’en bas pour des
bruyères, offraient l’aspect le plus grandiose : leurs troncs