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L' Afrique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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ALGÉRIE . 203

» Au fond de la cour, sur un vieux fauteuil en bois sculptédu style de la Renaissance , stalle vermoulue de quelque égliseitalienne pillée jadis par les corsaires de Barberousse, trônela maîtresse de la maison, puissante Soudanienne au teintde cirage verni, aux formes éléphantoïdes. Un foulard desoie lamé dor flotte sur ses cheveux crépus. De larges man-ches en gaze claire, un corsage de la nuance des pommesacides ou des coquelicots, et une espèce de pallium en mous-seline brodée complètent son costume. Les bras nus ainsique les mains, mais à tous les doigts des écus de six livreset des bouchons de carafe pour bagues.

» A ses côtés, sur des fauteuils moins hauts siègent lesdames invitées. Autant déchantillons de races éthiopiques.Leurs vêtements, pour la coupe et pour les nuances, sem-blent rivaliser détrangeté et déclat avec celui de lamphi-Iryonne. Tous les tons du spectre solaire, les plus douxcomme les plus violents, le lilas avec lécarlate, le rose au-près de lindigo, sy contrarient, sy lient, sy heurtent, symarient avec tant de souplesse et daudace à la fois quil enrésulte comme une discordance harmonieuse à laquelle lœil,effarouché dabord, finit par shabituer et se plaire. Des col-liers de verre, des bracelets détain, des couronnes de fleursbrochent sur le tout. Vos regards rencontrent bientôt, enexaminant les autres détails de la scène, une chambre dontla porte ouverte laisse entrevoir des poules, des moutons,des chèvres, un jeune taureau. Les jolies bêtes gloussent,bêlent, broutent, ruminent avec un air de sécurité complèteet, parfois même, franchissant le seuil de leur réduit, ellesviennent se mêler au public qui les caresse. Cest la provi-sion de victimes.

» Cependant la maîtresse de la maison, ajoutant la difior-^ mité dun sourire à la laideur de sa majesté, descend solen-nellement de son trône. Elle prend par la main ses plusproches voisines et fait un léger signe aux autres. Toutesalors se lèvent, la suivent au milieu de la cour, et sy ran-geant, se mettent à marcher avec les piétinements, les ba-lancements, les déhanchements et les minauderies qui carac-