204 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,térisent la danse orientale. Une douzaine de nègres sejoignent à la sarabande, mais, au lieu d’en imiter la lenteet monotone allure, ils sautent, ploient, se relèvent, tour-nent, bondissent...
» Après trois heures et plus de ces furibonds exercices, etquand chacun suant, haletant, a repris sa place, un mouve-ment de curiosité se manifeste dans l’assistance. Les hommesse haussent en allongeant le cou, les dames grimpent surleurs sièges et bientôt l’on voit apparaître marchant deuxpar deux et solennelles comme une procession de fantômes,des négresses enveloppées dans de grands pagnes de Guinée .Elles portent chacune, sur un plateau d’alfa, quelques instru-ments de sacrifice, ici les couteaux, là le linge, ensuite lacrème, l’encens et vingt autres objets dont on ne saurait toutd’abord s’expliquer l’usage. Les hideuses canéphores ne sesont pas plutôt rangées en bataille devant la chambre desvictimes, que d’autres les suivent tenant des réchauds rem-plis de braise. La présidente y jette quelques pincées d’unerésine préalablement sanctifiée par diverses pratiques, etd’épais tourbillons parfument l’enceinte.
» Alors s’avance, l’air farouche et en guenilles, le sacrifica-teur. Il s’incline par trois fois devant le thuribulum, par troisfois étend au-dessus, comme pour la purifier, une espèce detoge blanche dont il se couvre ensuite avec pompe. Unbonnet consacré remplace, sur son chef, la calotte profane,et ses reins s’enveloppent d’un large tablier. Puis, prenant :sur l’un des plateaux l’arme affilée des hécatombes, il labrandit au milieu de l’encens. Plusieurs poulets attachés parles pattes lui sont aussitôt livrés. Il les lient d’abord quelquetemps en l’air, palpitants et battant des ailes; il les soumetensuite à la fumée des fourneaux, décrit, en les balançantavec dextérité, de grands cercles dans l’espace : après quoi, -les ayant déliés, il couche l’un d’eux par terre, l’y fixe parles pattes avec son pied gauche et d’un coup de couteau ma-gistral il termine par une saignée ce premier acte du drame.
La pauvre bôte, un instant surexcitée par les transes del’agonie, se relève, court au hasard et va tomber expirante