aux pieds de quelque invité. Ses consorts ont la même fin etbientôt vingt, trente, quarante victimes maculées de sanggisent au milieu de la cour.
» Des moutons, des chevreaux sont ensuite amenés. Lesnégresses en pagne bleu leur font avaler à chacun trois cuil-lerées de crème. Le sacrificateur les renverse, les égorge etd’un bras vigoureux les lance pantelants sur le monceau debipèdes. La fête se termine par regorgement du taureau.Des flots de sang inondent la salle, jaillissent sur les specta-teurs, et la dentelle, et le brocard, et le visage de ces dames ensont, à leur grande jubilation, mouchetés et souillés. Bienmieux, comme pour ne rien perdre des souffrances de l’ago-nisant, elles se rapprochent de lui, l’entourent, et se mettentà lui roucouler je ne sais quelles cantilènes en les accompa-gnant de leurs plus aimables singeries et de leurs plus sym-pathiques grimaces. Bénis, semblent-elles dire, bénis l’heu-reux destin qui t’a choisi parmi tous tes pareils pour figurerdans nos rites sacrés ! Ta chair, purifiée par l’encens et lecouteau des sacrifices, aura l’insigne honneur d’être religieu-sement dévorée par nous ce soir, et ton âme régénérée s’en-1 volera tout droit dans le paradis des taureaux. »
Charles Desprez,
L'Hiver à Alger, ch. xi.
Alger ; la ville française et la ville arabe ;le peuple arabe.
« Il y a deux villes dans Alger ; la ville française , ou, pourmieux dire européenne, qui occupe les bas quartiers et seprolonge aujourd’hui sans interruption jusqu’au faubourg del’Agha; la ville arabe, qui n’a pas dépassé la limite des mu-railles turques, et se presse comme autrefois autour de laKasbah, où les zouaves ont remplacé les janissaires.
» La France a pris de la vieille enceinte tout ce qui lui con-venait, tout ce qui touchait à la marine ou commandait lesportes, tout ce qui était à peu près horizontal, facile à dér