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L' Afrique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

avec un regret inconsolable la mer qui nest plus à lui.

» Entre ces deux villes si distinctes, il ny a dautres bar-rières, après tant dannées, que ce qui subsiste entre les racesde défiance et dantipathies : cela suffit pour les séparer. Ellesse touchent, elles se tiennent dans le plus étroit voisinage,sans pour cela se confondre ni correspondre autrement quepar ce quelles ont de pire, la boue de leurs ruisseaux et leursvices. En bas, le peuple algérien est chez nous; en haut,nous pouvons croire encore, à lheure quil est, que noussommes chez les Algériens . Ici, on parle toutes les languesde lEurope ;, on ne parle que la langue insociable delOrient. De lune à lautre, et comme à moitié chemin desdeux villes, circule un idiome international et barbare, appeléde ce nom de sabir, qui lui-même est figuratif et veut dire« comprendre. » Se comprend-on? se comprendra-t-onjamais? Je ne le crois pas.

» . Au fond, les Arabes , nos voisins du moins, ceux

que nous appelons les nôtres, demandent peu de chose ; parmalheur, ce peu de chose, nous ne saurions le leur accorder.Ils demandent lintégrité et la tranquillité de leur dernierasile, quil soit, et si petit quil soit, dans les villes commedans les campagnes, même à la condition den payer le loyer,comme ils ont fait depuis trois siècles, et tant bien que mal,entre les mains des Turcs, qui ne nous valaient pas commepropriétaires. Ils voudraient nêtre pas gênés, coudoyés, sur-veillés, vivre à leur guise, se conduire à leur fantaisie, faireen tout ce que faisaient leurs pères, posséder sans quoncadastre leurs terres, bâtir sans quon aligne leurs rues,voyager sans quon observe leurs démarches, naître sansquon les enregistre, grandir sans quon les vaccine, et mourirsans formalités. Comme indemnité de ce que la civilisationleur a pris, ils revendiquent le droit dêtre nus, dêtre indi-gents, de mendier aux portes, de coucher à la belle étoile,de déserter les marchés, de laisser les champs en friche, demépriser le sol dont on les a dépossédés, et de fuir une terrequi ne les a pas protégés. Ceux qui possèdent cachent et thé-saurisent; ceux qui nont plus rien se réfugient dans leur

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