388 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.l’Européen, servi par la science et les machines, plus puissantet plus persévérant, ne vienne au secours du Saharien.
Les puits artésiens du Sahara .
(Bulletin de la Société de géographie , février 1S67.)
» C’est au colonel Desvaux, qui, au mois de novembre 1854, pénétra ausud de Biskra , dans l'Oued-Rir et à Touggourt , que revient l’honneur d’avoirle premier entrepris la création des puits artésiens en Algérie . Un an etdemi à peine après que l'armée française fut entrée dans la ville principalede l’Oued-Rir, un puits avait été creusé. C’est dans l’oasis de Tamerna quele premier puits artésien français a été établi, et c’est à la date mémorabledu 17 juin 1856, que pour la première fois, l’eau d’un puits français aféconde une des oasis du Sahara .
» Mais ce n’était que le commencement d’une grande œuvre. Depuis cetteépoque, grâce au zèle persévérant de quelques officiers, M. Lehaut,M. Zickel, M. Auer, M. Lillo, M. Bourotte, M. Genvot et bien d’autresencore, grâce à l’activité de M. Jus, ingénieur civil, qui, depuis 1856, a étéle directeur de la plupart des sondages effectués; il y a maintenant, danstout l'Oued-Rir, quantité de puits artésiens qui débitent des masses d’eauconsidérables, et qui par conséquent y apportent la fécondité... L’homme apu, par sa science et sa patience, donner la vie au désert, créer des oasiset des forêts, là où il n’existait que le sable.
» Que de journées de travail, que de labeurs, que d’efforts, souventstériles en apparence, ont été nécessaires! Ceux-là seuls qui ont dirigé depareils travaux peuvent Je savoir. Tantôt c’est le sable qui, retombant sans
1. Sur M. Jules Duval , voir le volume de Lectures sur l'Amérique , page 56. —Le mémoire, dont nous citons un extrait, est accompagné de six notes trèslongues et très savantes : la première renferme une bibliographie du Sahara et despuits et forages artésiens.
Au lieu des procédés meurtriers qui sont en usage au désert, au lieu des corporationsde r’tassin et de meallem, les officiers et ingénieurs français emploient pour lessondages et les forages des outils, des trépans et des machines. Le résultat estplus prompt et moins coûteux. Les forages artésiens ont plus fait que bien desvictoires pour la pacification des indigènes, en dépit du fanatisme musulman. Lesrapports de nos officiers constatent avec quelle joie et au milieu de quelles cla-meurs enthousiastes les tribus saluent chaque création d’un nouveau puits. Lescheiks et les tolbas émus bénissent le nom de la France , les femmes dansent ets’embrassent, les goums exécutent autour du bassin de brillantes fantasias. En1857, les succès obtenus à Chegga, en plein Sahara , inspirèrent à un barde du pays,le marabout Si-Mohammed-bol-Kadi, un hymne de reconnaissance dont nousciterons quelques passages : « Louange à Dieu seul maître de l’univers! — Je» vous annonce des choses merveilleuses— l’eau a jailli du sein des sables! —» Dieu a donné l’eau au Sahara , —par l’intermédiaire do celui qui gouverne actuel-» lement le pays.— Ce pays, jadis désolé— va enfin renaître, et sera rendu habi-» » table. — Le général Desvaux a accompli cette résurrection - l’ingénieur» Jus l’a secondé. — Tamclhat, la stérile, est aujourd’hui productive. — La po-» puîation jouit de l’abondance et de la paix — parce que celui qui la gouverne».est juste — chacun fait son éloge et exalte ses bienfaits. — La justice donne« la prospérité, — tandis que l’iniquité ruine et tue, etc. » (V. Les forages arté-siens, 1856-1878, par M. Jus. Paris , imprimerie nationale, 187$.)