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par l’addition des intérêts au capital, elle arrive à posséderpresque toute la richesse. C’est ainsi qu’â Rhât, une grandepartie des maisons, des jardins, des sources, du capital ducommerce de la place appartient aux femmes. Enfin, chez lesTouareg, c’est le rang de la mère et non celui du père quiassigne aux enfants leur position dans la société. Ainsi pen-dant que chez nous, il n’y a pas longtemps, le fils d’un bour-geois et d’une marquise naissait sans titre, chez les Touareg,le fils d’un serf né d’une femme noble est reconnu noble, etle fils d’un noble et d’une femme serve ou esclave, reste serfou esclave. De cette loi curieuse découle une autre loi plusexceptionnelle encore : ce n’est pas le fils du chef, du souve-rain, qui succède à son père; c’est le fils aîné de la sœuraînée du chef qui prend sa place.
» Mais voici un témoignage encore plus grand qui indiquela puissance de la femme. Les Touareg sont musulmans etl’islamisme autorise la polygamie; cependant les Touâreg sont, sans exception, tous monogames 1 2 .
L’historien arabe Ebn-Khaldoûn nous apprend que lesTouâreg , après avoir embrassé l’islamisme, ont renié quatorzefois la religion nouvelle, d’où leur est venu leur nom arabede Touâreg , c’est-à-dire apostats L Inutile de dire que ce nomest rejeté par eux, et qu’ils n’acceptent comme leur étantpropre que le titre d’Imôhagh. En se demandant le motif desi nombreuses apostasies, et en constatant encore aujourd’huil’interdiction de la polygamie aux Touâreg , n’est-on pas auto-
1. « Les femmes, dont la condition est tout autre que chez les Arabes , aceom-» pagnent leurs maris, ou vont seules à leur gré. Elles ont leurs méharis à elles,» et sauf une grande pièce d’étoffe qui les enveloppe le plus souvent de la tète auxa pieds, quand elles sortent de leur tente, leur costume est à peu près le même» que celui des hommes; mais elles ne portent pas de voile; elles remplacent les» armes par la rebaza, ou violon à une corde, sur lequel quelques-unes ont un>' véritable talent, au dire des appréciateurs de la monotone musique orientale.» Elles nous ont donné plus d’une représentation. Un fait assez curieux que j’ai- pu vérifier, c’est qu’il y a des lettrées parmi elles, tandis qu’il est assez rare de» rencontrer un homme sachant à peu près lire, soit en arabe, soit en berbère. »(Colonel Flatters, Mission d'exploration dans le Sahara central; — Bulletin del’Union géographique du Nord, 1SS0.)
2. Suivant M. Cherbonneau, le mot Touâreg , qui s’écrit grammaticalementThaouarek, est le pluriel de Tharik, participe présent du verbe Tharaka « atta-quer la nuit, faire une incursion de nuit, et non de Taraca, laisser, abandonner.On doit donc traduire Touâreg par pillards nocturnes, brigands de nuit.