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en marquaient les étapes, et les produits variés de l’Afrique cen trale , or, ivoire, gommes, aromates, peaux, plumes d’autru-che, etc., se vendaient sur les marchés du Tell. Cette prospéritétomba avec la domination arabe. Au seizième siècle, quand lesTurcs et les Maures conquirent la Berbérie, le despotisme capri-cieux de leur gouvernement et les brigandages sans lin de leurscorsaires éloignèrent les caravanes. Au dix-neuvième, quand lesFrançais se rendirent maîtres du sol, une guerre acharnée et sanstrêve suscita d’aveugles défiances et d’implacables haines, ali-mentées par le fanatisme musulman ; les dernières caravanes sedétournèrent, à l’orient du côté de la Tripolitaine , à l’occidentvers le Maroc : Alger fut dépouillé au profit de Malte et de Gibral tar , et les Anglais recueillirent la meilleure part des bénéfices decette révolution commerciale, conséquence immédiate et inévi-table des révolutions politiques.
Ce n’était pas qu’on eût renoncé pour jamais à l’espoir de re-conquérir l’iniluence perdue : plusieurs tentatives furent faitesdans le but de rouvrir aux caravanes les chemins du Tell algé rien ; mais l’incurie des gouvernements ou les résistances desindigènes ont découragé les énergies les plus tenaces. Rappelle-rons-nous qu’en 1840, un ingénieur français résidant à Mour-zouk, M. Sutil, proposa à Louis-Philippe de la part du sultanAbd-el-Djelil l’offre de diriger vers Constantine les caravanes àdestination de Tripoli et de l’Egypte , que l’offre fut accueillie avecempressement et oubliée de même? Qu’en 1856, le capitaineBonnemain, qui connaissait à merveille la langue des indigèneset la topographie de la contrée, parvint à Ghadamès sous un cos-tume arabe, et en rapporta de magnifiques promesses, auxquellesses compatriotes n’ajoutèrent pas foi? En 1858, Ismaël Bou- Derba , jeune interprète au bureau arabe de Laghouat , conduisità R’hat une petite caravane française , à qui l’entrée de la villefut, il est vrai, interdite, mais qui réussit à vendre ses marchan-dises dans d’excellentes conditions. De 1858 à 1861, M. Henri Duveyrier , sans pouvoir séjourner dans le Touât , visita Gha-dames sous la protection d’un chef de Touâreg , explora le Fezzan et le Hogghar et revint à Alger par Mourzouk et Tunis .
En 1860, le commandant Colonieu et le lieutenant Burinfirent, sous la protection des Ouled-Sidi-Cheik, un voyage auGourara, une des oasis du Touât , mais ils ne purent atteindreTimimoun . Ils envoyèrent un message aux habitants, ils offrirentde se rendre seuls et désarmés dans l’assemblée de la Djemmâa