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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
geurs français s’offrirent : leur intention était de pénétrer dansles oasis jusque-là si obstinément fermées. L’unétaitM. NorbertDournaux-Dupéré, ancien commissaire de la marine : soutenupar le patronage et les subsides de la Société de géographie de Paris , du Ministère du commerce, et de la Chambre de commerced’Alger, il tenta de se rendre à Timbouktou par Touggourt et leplateau du Hoggbar, mais fut assassiné entre Ghadamès et leTouât , avec son compagnon de route M. Joubert, et son domes-tique arabe, par une bande de rôdeurs de la tribu des Chaamba.
On a vu plus haut l’insuccès des efforts de MM. Soleillet, Lar-geau, Sav pour pénétrer dans les oasis du Touât . On verra plusloin la désastreuse issue delà mission toute pacifique du colonelFlatters . Il semble que la « grande traversée » soit devenue plusimpraticable que jamais. Tant d’échecs et de désastres paraissentfaits pour décourager les partisans des expéditions trans-saha-riennes, pour donner raison à ceux qui voient dans le Sénégal la véritable voie de pénétration sur le Niger , et soutiennent avecM. le général Faidherbe qu’il y « aura toujours un affreux désertde 4 à 500 lieues entre le Tell et le Soudan 1 . »
Les projets) de chemins de fer trans-sahariens.
Ouvrir à la France et à l’Algérie une route de commerce sûre vers lesopulentes et populeuses contrées du Soudan , jusque-là isolées du mondecivilisé, telle est l’idée qui a présidé au projet d’établissement d’une voieferrée à travers le désert. Cette entreprise, qui parait étrange à premièrevue, semble avoir été conçue par M. Soleillet le premier, lors de son infruc-tueuse exploration à In-Çalah. Elle fut reprise avecéc'at parM. l’ingénieurDuponchel, qui s’en fit le champion passionné dans un grand ouvrage publiéen 1879. Enhardi par ses observations personnelles, par l’exemple desingénieurs des Etats-Unis qui ont construit à travers les Montagnes Rocheuses une voie ferrée au milieu de rochers inaccessibles et dans unpays désert, M. Duponchel réfuta à sa manière toutes les objections tiréesde la température, du manque d’eau, de la mobilité du sol, de l’hostilitédes populations, de l’insuffisance du trafic, et intéressa vivement l’opinionpublique à ses plans 2 .
Une commission officielle étudia la question : deux tracés de chemins defer furent proposés en 1880 : l’un à l’ouest, partant de Méchéria (province
1. Voir général Faidherbe, Avenir du Sahara et du Soudan . — John Manuel,le Soudan et se s rapports avec le commerce européen. (Bulletin de la Société degéographie , 1871.)
2. Voy. l’ouvrage de M. DuPONCHEr., qui est le plus chaleureux et le plus inté-ressant des plaidoyers. (Le chemin de fer transsaharien. Paris , 1879, in-8°, Ha chette .)