hommes qui serviraient de guides jusqu’à Ouarglâ . Cependantles jours suivants ils se comportent d’une manière moins ami-cale, et dans la nuit du 9 au 10 mars, une fois Ain-El-Kermadépassée, ils apportèrent des dattes réduites en poussière,dont tout le monde mangea 1 . Ces dattes étaient mêlées à dela poussière des feuilles d’une plante que les Arabes , surtoutceux de l’Azaouâd, appellent el-bethîna et qui n’est autrequ’une espèce de jusquiame extrêmement vénéneuse, et l’unede nos rares découvertes botaniques. Chacun subit les effetsdu poison, qui produit tantôt (nous l’avons éprouvé nous-mêmes), un refroidissement et des défaillances, tantôt unefolie furieuse. Six tirailleurs, sous l’action de cette jusquiameprirent la fuite. Le capitaine Dianous tirait des coups defusil sur ses hommes 2 .
» A peine remis, on continua la fuite désespérée; deuxhommes envoyés pour acheter des moutons, furent tués sousles yeux de leurs compagnons impuissants à les sauver.
» Le 20 mars, à Amdjid (Amguid), il fallut livrer un com-bat aux Touâreg qui gardaient le puits. Le capitaine Dianoustomba mort 3 ; l’ingénieur Santin succombait au même rno-
1. « A l’exception des Chaamba qui avaient peur qu’elles ne fussent empoison-nées » ( Rapport officiel), et qui avaient sans doute de bonnes raisons pour enavoir peur, étant les complices de la trahison des Touareg.
2. « Bientôt on vit tous ceux qui avaient pris de cette nourriture comme frap-■> pés de vertige : quelques-uns tombaient sans pouvoir se relever, d’autres atteints» d’une sorte d’ivresse, parcouraient le earnp en prononçant des paroles incolié-» rentes; beaucoup étaient frappés de folie et n’avaient plus conscience de leurs» actes ; ils tiraient des coups de fusil en l’air. L’ofiicier et tous les Européens,» qui avaient absorbé la plus grande quantité de cet aliment, après l’avoir fait» cuire dans l’eau, ressentirent les effets les plus violents. M. de Dianous parcou-» rail le camp prononçant des paroles sans suite en français ; on fut obligé de» lui arracher son fusil*. Le maréehal-des-logis fut très malade; il jeta ses effets,» courut aux environs en gandoura et se tit au pied une blessure profonde en» marchant sur un caillou tranchant. Toutefois les Français eurent encore assez» de présence d’esprit pour boire de l’eau tiède qui leur fit rejeter la plus grande» partie du poison, mais l’effet produit persista, le plus grand désordre régnait» dans le camp. » (Deuxième mission Flatter *, historique et rapport officiel rédigéau service central des affaires indigènes, avec documents à l’appui et une cartedressée par le capitaine Bernard. (Alger , 1882, in-8°, Jourdan.)
3. Ce combat désespéré à Amguid, où nos tirailleurs et leurs chefs, Dianouset Pobéguin, se conduisirent en héros, est raconté avec toutes ses péripéties dansle Rapport officiel , d’après les interrogatoires des survivants de la mission. « Les» Touareg qui s’étaient divisés en deux groupes, dont l’un marchait en avant, et» l’autre en arrière de notre colonne, se réunissent et vont prendre position en» haut du ravin qui conduit à l’eau. Leurs méhara ont été placés à l’abri, dans» l’intérieur du cirque. Pendant que l’officier et Pobéguin sont laissés en arrière