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ment des suites du poison de la veille. Un Français , Brame,ordonnance du colonel, recevait une balle en pleine poitrine.C’étaient les fusils Gras, enlevés à la mission, qui servaient àl’ennemi; celui-ci perdit trente-trois hommes. Enfin, le 11,on s’arrêta à une source appelée par les Arabes Aïn-Saba,et qui est au fond d’une vaste cavité dans le roc. C’est là queles premiers émissaires arrivés à Ouarglà , proposèrent aumaréchal des logis Pobéguin d’être détachés pour aller de-mander du secours. » Henri Duveyiiier,
Le désastre de la mission Flalters.
{Bulletin de la Société de géographie de Paris , avril 1881.)
Mohammed-ben-Abd-el-Kader, soldat au 1 er Tirailleurs, et homme deconfiance de Pobéguin, obtient l’autorisation de partir, mais seul. Il trompeson chef, et à minuit, quitte le camp en rampant, suivi de trois autreshommes * 1 . Alors commencent les discordes ; l'égoïsme, l’instinct féroce de laconservation se manifestent. Le camp se partage en deux factions: lesOuled-Naïl et les tirailleurs; la voix de Pobéguin n'est plus écoutée. On
» avec les hommes qui, comme eux, sont hors d’état de combattre, les autres,» connaissant la disposition des lieux, s’avancent divisés en doux groupes contre» les Touareg dissimulés derrière les rochers qui couvrent les deux pentes du ravin.» La colonne fait un feu d’ensemble sur les Touareg qui sortent de leurs abris el» se précipitent contre les nôtres en s’excitant de la voix. Une nouvelle décharge» fait des vides dans leurs rangs et ils se couchent, mais reviennent ainsi trois fois» de suite avec le plus grand acharnement, et éprouvent chaque fois des pertes« sensibles. Voyant que cette tactique ne leur réussit pas, ils se cachent de nou-» veau dans lesrochers, bien décidés à ne pas livrer passage. Alors commence un» combat d’un nouveau genre, une vraie chasse à l’homme... Les Touareg, vers la». ûn du combat, qui dura depuis le milieu du jour jusqu’au coucher du soleil,» manquant de munitions, se battent à coups do pierres... Cependant M. do Dia-» nous et Pobéguin ont repris un pou leur sens : ce bruit continu de la fusillade» semble leur faire recouvrer leurs forces. Aussitôt M. de Dianous, malgré les» efforts faits pour le retenir, marche en chancelant vers le lieu du combat. Il se» mêle aux combattants et tire pendant quelques instants debout, malgré les avis» des hommes qui l’entourent, et reçoit une blessure légère : il n’en continue pas» moins à so battre. A ce moment, ïe soleil est sur le point de disparaître à l’ho-» rizon, et il faut songor h la retraite. M. de Dianous se prodigue, et. pendant que» l’on se retire en terrain découvert, il est atteint mortellement d’une balle au» sein droit. Les hommes le soutiennent, et il est ramené quelques pas en arrière.» mais les forces l’abandonnent, et il tombe mort. De son côté, Pobéguin s’est fait»> porter sur le lieu du combat; il y prend une faible part, et on le ramène en» battant en retraite. » (Pages 125-7.)
1. Cet Abd-el-Kader était originaire de la tribu des Ouled-Naïî qui formaient lamajorité des hommes échappés au massacre, et avaient pris dans la colonne unesituation prépondérante. D’après les témoignages recueillis, le maréehnl-dcs-logisse serait opposé au départ de Mohammed , et aurait versé des larmes le lendemainen apprenant sa désertion. Il parait parfaitement avéré que ces mômes Ouled-Naïl,qui obéirent toujours fort mal aux ordres donnés, ont détruit le journal de routeque tenait M. de Dianous, et après lui Pobéguin, de façon à faire disparaître toutestraces de leur mauvaise conduite.