il3 LECTURES ET ANALYSES DE. GÉOGRAPHIE.
que mes cent francs, je m’acheminai vers Gorée . Dès 18d 7j’avais suivi la même route, pauvre, découragé, sans appuidans le monde. Huit ans s’étaient écoulés, je n’étais pas plusriche, mais j’étais soutenu par l’ardeur, l’énergie d’un âge plusavancé, et j’étais bien résolu, ne fût-ce que par fierté, à entre-prendre ce qu’on ne me croyait pas capable d’achever. »
Caillé se rendit dans la colonie anglaise de Sierra-Leone , où le gouver-neur Turner, instruit de ses projets, chercha à le fixer, en le nommantdirecteur d'une fabrique d’indigo, avec un traitement de 3 600 francs. Il liten un an sur ses appointements 2 000 francs d'économie. « Cette somme,dit-il, me parait suffisante pour aller au bout du monde. » U se démit deson emploi, acheta une pacotille, et se mit en relation avec des caravanes del’intérieur.
« J’obtins leur confiance, et j’en profitai pour les interrogersur les contrées que j’avais l’intention de parcourir. Afin de ga-gner tout à fait leur amitié, je leur fis quelques légers cadeaux,puis un jour, d’un air très mystérieux, je leur révélai, sous lesceau du secret, que j’étais né en Egypte de parents arabes, etque j’avais été emmené en Europe , dès mon plus bas âge, pardes Français faisant partie de l’armée qui avait conquis l’Egypte ;que depuis j’avais été conduit au Sénégal pour y faire lesaffaires commerciales de mon maître, qui, satisfait de mes ser-vices, m’avait affranchi. Maintenant, ajoutai-je, libre d’aller oùje veux, je désire naturellement retourner en Egypte pour y re-trouver ma famille et reprendre la religion musulmane. Si, aupremier abord, mes auditeurs purent nourrir quelques doutes àl’égard de mon histoire et de mon zèle religieux, ils n’en conser-vèrent aucun dès qu’ils m’eurent entendu réciter par cœur plu-sieurs passages du Coran , et qu’ils m’eurent vu, chaque soir,faire le salam avec eux. Ils finirent par se dire l’un à l’autre quej’étais un bon musulman. C’est cette fable, répétée chaque fois quej’en ai eu besoin, qui m’a servi de passe-port de Kacundy àTimé, de Timé à Temboctou, et de là à Tanger . »
Caillé partit le 14 avril 1827 de Kacundy avec une caravane de Mandin-gues, et trois mois après, par la vallée du Itio -NTmez et les plateaux duFoula Djallon, arriva à Timé déjà à bout de forces et de ressources. Il ytomba malade et séjourna plus de cinq mois dans la case d’une vieille né-gresse qui prit pitié du blanc, le soigna de son mieux, le guérit de ses plaieset du scorbut, et lui permit de continuer son voyage. Il s'embarqua à Djenné sur le Niger , traversa le lac Debou, et arriva à Kabra, port du fleuve