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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
dos barres et des clous venant du Taiilet, sont bien faites et so-lides ; on les ferme au moyen de serrures fabriquées dans le pays,et où il n’entre pas de fer; la clef même est en bois ainsi que celase pratiqua longtemps dans nos campagnes et se pratique encoreen Egypte et en Nubie . Les toits des maisons, toujours en ter-rasses formées do nattes, couvertes en terre battue, reposent surdes charpentes tirées du ronier, arbre qui croît sur les bords dufleuve à une liautour prodigieuse, j’en ai vu dont la cime atteignaità plus de 1 20 pieds. Chaque habitation forme un carré contenantdeux cours intérieures, autour desquelles sont disposées des cel-lules longues, étroites, sans chominccs, sans fenêtres, ne rece-vant le jour que par la porte et servant en même temps demagasin et de chambre à coucher. Etouffantes en été, ces de-meures sont des amas de boue froide et humide pendant lesmois de septembre et d’octobre, époque où les vents d’est amè-nent sur la ville des torrents de pluie et de violents orages.
» Les mosquées, qui au nombre de sept, forment les seulsmonuments publics de cette cité, ne sont pas construites en meil-leurs matériaux que les habitations particulières, bien que l’uned’elles, la grande mosquée de l’ouest, conserve dans sesmurailles salpêtrées et crevassées les vestiges d’une époquemoins grossière et d’un art moins rudimentaire que l’art etl’époque d’aujourd’hui. Sa tour, haute de 50 à 60 pieds,est surmontée d’une plate-forme, d’où je pus embrasser l’en-semble de la ville et son cadre immense de sable blanc seperdant dans l’horizon; spectacle qui n’est ni sans intérêt, nisans grandeur. Ce point élevé, où l’on ne parvient que par unescalier à moitié démoli, étant peu fréquenté, j’y revins plusieursfois pour écrire mes notes et fixer mes souvenirs. Dans le coursde mon long voyage, j’ai toujours dû me cacher pour écrire, afinde ne pas éveiller l’attention soupçonneuse des musulmans;c’était toujours dans les bois ou à l’abri d’un buisson ou d’unrocher que je mettais en écrit tout ce qui me paraissait dignede remarques, et encore avais-je toujours soin de tenir sur mesgenoux des feuilles du Coran , quej’étais censé étudier et copier. »René Caillé , Journal d’un voyage à Tcmboctou et Djennc dansl’Afrique centrale , etc. (Paris , 1830, 3 vol. in-8°, 1 carte etplanches.)