464 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,haut de ma selle, je découvrais à droite et à gauche. Là défi-lent, devant l’étranger, tous les types de la population bor-nouane, depuis le kanouri ou le kânemma aisé, à pied ou àcheval, qui plie sous le poids d’un accoutrement que ne jus-tifie guère la température locale, et dont l’ampleur prodi-gieuse lui donne l’air d’une machine colossale, jusqu’au vieuxnoble, représentant de l’ancienne aristocratie, qui chemine,tout de blanc vêtu, la tête rasée, portant à la main le lourdbâton à pomme en forme d’olive, qui est son attribut histo-rique et traditionnel. A côté, voici le marchand tripolitain ,qui chevauche fièrement, en costume arabe, et le rouge tar-bouch sur le chef; voici également l’habitant du désert,reconnaissable au litham qui lui enveloppe le nez et la bouche.Puis, ce sont des femmes et des jeunes filles désœuvrées quiflânent par la rue, drapées dans le châle bornouan, dont unelongue traîne balaie le sol entre leurs deux pieds, ou portantune chemisette blanche ou bleue, à broderies de soie. Unappendice d’argent en forme de demi-lune couronne les in-nombrables et courtes nattes de leur chevelure, et un petitmorceau d’isil leur agrémente l’aile droite du nez.
» Parmi les coquettes et les oisifs va et vient le menupeuple des travailleurs. Les fontaines, entourées d’une clô-ture d’épines, sont assiégées par des groupes babillards defemmes et de jeunes filles qui, tout en échangeant des nou-velles, remplissent leurs grandes cruches d’argile, pour lesremporter ensuite sur leurs têtes. Et il faut voir avec quellevigueur et quelle adresse des fillettes de dix à douze ansbalancent parfois une charge de vingt litres ! Regardez aussices esclaves, vêtus tout bonnement d’un tablier de cuir, tra-vailler, sous l’œil d’un architecte ou d’un surveillant, à laréparation ou à la construction d’une maison. Mais, qu’aper-çois-je ici sous le vestibule d’une habitation? C’est un insti-tuteur primaire ( Magarendi ) qui a installé céans son école,et s’égosille à inculquer à ses élèves les versets du saintlivre. Ailleurs, c’est un lettré qui, lisant à demi-voix desfeuillets jaunis, tout en tournant machinalement les grainsd’un rosaire entre ses doigts, travaille du même coup à son