(le si belles espérances, je ne gagnai à cette expédition que lerenom de n’ètre bon à rien.
» .Je me souviens que sur le premier tronc ainsi in-
vesti se tenait un jeune homme de haute taille, qui, se cou-vrant de son bouclier, et encouragé par les cris des femmesqui étaient avec lui, décochait contre nous ses traits inof-fensifs, puis, après chaque coup, s’effaçait derrière sa gabion-nade en osier, ou bien, se dressant triomphalement et àdécouvert de toute sa hauteur, serrait le poing d’un air dedéfi en menaçant les agresseurs. Ce fut une des premièresvictimes. Un second indigène, qui se trouvait dans le bran-chage, atteint à son tour, se cramponna un instant auxrameaux, puis vint s’abattre sur le sol d’une hauteur de20 mètres. Incontinent toute la meute fondit sur lui, et, enun clin d’œil, il fut littéralement dépecé. Un troisième,blessé aussi, se réfugia avec les siens à l’étage supérieur ducotonnier, en laissant couler de longs filets de sang du troncjusqu’à terre. Ce malheureux était le dernier habitant adultede l’arbre. Aussi les assiégeants, pris d’un accès de bravoure,se décidèrent-ils à faire l’escalade. Un instant après, chiens,poules, chèvres, tout dégringolait ; le blessé était égalementjeté en bas pour qu’on l’achevât, et femmes et enfants étaientviolemment tirés de leur refuge ; pas un cri, pas une plaintene sortit des lèvres de ces malheureux, qui se laissèrent lieren faisceau, pour s’en aller en esclavage, l’àme brisée par lamort des leurs et l’anéantissement de leur liberté. Le coton-nier dont on eut le plus de peine à faire la conquête étaitoccupé par un homme seul, qui, renonçant à toute espé-rance, avait commencé par se réfugier dans sa hutte. Celle-ciayant pris feu, il se retira vers la cime de l’arbre, laissantainsi les assiégeants libres de grimper à l’échelle flottante.Enfin il fut blessé et tomba. Immédiatement on le mit enpièces. Mais à ce moment on aperçut deux jeunes garçons, àpeine adolescents, qui battaient en retraite à leur tour versles hauteurs extrêmes du cotonnier. Ils restèrent là jusqu’àce que les vainqueurs vinssent à eux : puis, sitôt que ceux-ciapprochèrent, avec l’héroïsme du désespoir, ils se précipité-