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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,cours à leurs javelols ; enfin l’assaillant faisait-il mine dogrimper à l’arbre, la lance entrait enjeu à son tour.
» Notre troupe, à nous, se composait de toute la cavaleriede Mohammedou, quatre-vingts chevaux environ, d’une dou-zaine d’esclaves armés de fusils, de cinq cents Baghirmiensmunis de javelots etde'lances, auxquels s’ajoutaient les auxi-liaires païens (Brotos, Bouas, Ndames, Toummoks), en toutdeux mille hommes.
» Une fois dans la forêt, ces gens, se couvrant de bou-cliers, de morceaux de nattes, ou de fragments de clayon-nage empruntés aux huttes kimréiennes à demi détruites,commencèrent -de faire un branle-bas d’attaque contre lesnichées de rebelles. Une centaine de personnes au plus semirent contre un arbre ; mais nul n’avait le courage d’en ten-ter l’escalade. Quant à scier les troncs, on manquait pourcela d’outils, et les armes dont on disposait n’étaient guèreefficaces contre les indigènes'domiciliés dans leurs hautsbranchages. On avait bien quelques fusils ; mais les esclavesqui en étaient porteurs ne savaient ni épauler, ni ajuster, nitirer au but. Au moyen de longues perches, où étaient fixésdes fascicules de paille enflammée, on essaya d’incendierplusieurs de ces nids. Mais les assiégés réussissaient tou-jours, soit à rendre la tentative inutile, soit à éteindre immé-diatement le feu.
» A mon grand chagrin, l’honneur de la journée revint àme» gens, qui, à l’aide de ma poudre et de mon plomb, abat-tirent ces pauvres gens ainsi que des moineaux, si bien quebeaucoup d’entre eux se virent contraints do mettre pied àterre. Alors commença une véritable chasse à l’homme. Oneût dit des traqueurs s’éparpillant sous bois, chacun à lapoursuite de sa pièce de gibier : de combat il n’y en eut pasl’ombre. Mes deux serviteurs, qui à tout autre égard étaientde braves gens, n’avaient aucun scrupule de descendre cesKirdis (païens) comme de simples perdrix : que dis-je, ilss’en faisaient même un point d’honneur ; tant il est vrai quele fanatisme religieux excelle à transformer l’homme en brute !Pour moi, sur qui les Baghirmiens avaient fondé en secret