474 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPIIIE.façon terrible. Sitôt qu’uu de ces pauvrets était mort, on secontentait de le tirer par les pieds hors du périmètre ducamp, et de le laisser là, à la merci des intempéries et desanimaux de la forêt. Aussi l’air, tout autour de nous, était-ilempesté. Une moitié des esclaves était malade, et l’antremoitié mourait de faim. Beaucoup de nos compagnons m’as-surèrent même que, depuis des semaines, on n’avait pudonner pour toute nourriture quotidienne à ces malheureuxqu’un peu de bouillie, et je n’avais pas de peine à le croire,car moi-même, à plusieurs reprises, j’avais dû diminuer lesrations de mon monde.
» .Bien que Kouka soit au nord-ouest de Goundi, nous
prîmes d’abord un peu à l’est, pour éviter les terrains maré-cageux situés plus à gauche, et profiler du chemin sablonneuxqui côtoie le Ctiari. Bientôt les habitations éparses disparu-rent pour faire place à des bourgs fermés, dont les demeuresentourées de cultures alternaient avec des bois et des prés.A midi, le premier jour, nous étions au village de Youlik;là les forces manquèrent à un certain nombre d’esclavesde la caravane ; ni coups de bâton, ni coups de fouet àlanière en peau d’hippopotame, ne purent les faire avancerplus loin : il fallut les abandonner sur place. J’étais presquetenté de m’en réjouir tout bas pour ces pauvres êtres, à qui,delà sorte, il restait peut-être une chance d’en revenir, tandisqu’en continuant de marcher, ils eussent été assurés de périr.
» Comme je faisais part de ce sentiment à mon domesti-que marocain Hamou, celui-ci se moqua de mon ignorance,et m’éclaira en me disant (ici je sens trébucher ma plume!)que ces infortunés étaient autant de victimes que l’on allaitincontinent tuer sur place pour l’avertissement de leurs cama-rades. Je pouvais et j’osais à peine y croire, je savais bienque les caravanes d’esclaves qui se rendaient au nord,venant du Bornou , étaient obligées très souvent, vu l'insuf-fisance de chameaux de transport par cette roule, d’abandon-ner sur le sol aride du désert ceux de leurs membres dontles forces défaillaient, et que ces délaissés succombaientalors désespérément aux tortures de la faim, de la soif, et