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sous les rayons torrides du soleil; ruais que, de sang-froid,comme on ferait d’une chèvre, ou d’une poule, un hommeégorgeât, achevât son semblable, cela ne pouvait m’entrerdans l’esprit, et pourtant c’était la vérité pure.
» Quand, malgré les coups de gourdin, un esclave mâleou femelle ne pouvait décidément plus avancer, et se laissaitchoir d’un air résigné, sans que nulle violence le remît surpied, son maître, le plus décemment du monde, restait alorsun peu en arrière, puis, tirant tranquillement son couteau,il coupait la gorge au traînard, et lui ouvrait les artères. Lapremière fois que je fus témoin de cette horrible exécution,ce fut par le fait du Bornouan que le cheik Omar, au départde Ivouka, m’avait donné comme escorte officielle; j’arrivaijuste au moment où cet homme, qui du reste n’était pointméchant, essuyait son coutelas ensanglanté, en constatantmélancoliquement cette chose regrettable, qu’avec ces païens,gens sans foi ni loi, il n’y a absolument rien à gagner etqu’ils vous glissent sans cesse dans les mains! Par la suite,j’en devais voir bien d’autres, car ces scènes se renouvelaientpresque journellement, et je ne sais rien de plus cruel quel’obligation d’assister, sans mot dire, à de pareils spec-tacles 1 .» D r G. NAcnTiGAL, Voyage clu Bornou , etc.
1. L’esclavage s’exerce ouvertement dans toutes les contrées du haut Niger ,particulièrement dans le Ouassoulou. Pendant son excursion dans le Birgo et leManding, en 1880, M. le lieutenant Valière rencontra une caravane de captifs,conduite par un chef Diula. « Les malheureux captifs, comprenant surtout des» femmes et des enfants, se traînaient péniblement, attaches les uns aux autres,» tandis que deux ou trois indigènes, qui semblaient les domestiques du Diula,» couraient le long du convoi, frappant avec de longs fouets les pauvres gens» qu’ils étaient chargés de conduire, a Les habitants de ces contrées se font, sansdistinction de nationalité, une guerre perpétuelle, dont le seul objet est de s’en-lever des femmes, des jeunes hommes et des enfants pour aller les vendre dansles marchés du bas Niger ou du Sahara . « Ces moyens de s’enrichir sont si bien» entrés dans les mœurs qu’on les voit employés par toutes les classes de la so-» eiété. Les chefs, pour renouveler leurs provisions de fusils et de poudre et» s’acheter de beaux ornements, vendent leurs propres sujets. Lorsque les villages» ont terminé les récoltes, les jeunes gens se réunissent en bandes armées, et» vont chez les voisins chercher à f/agner un peu de bien. Dans les moments de» disette, les faits deviennent plus monstrueux : ce sont alors les pères de famille» qui conduisent sur les marchés leurs propres enfants. Enfin pour compléter ce» lamentable tableau, le Diula m’avoua avoir acheté l’une des petites filles de sa» caravane à son frère; celui-ci l'avait traîtreusement éloignée de la case pater-» nelle pour la vendre ensuite à vil prix. » (Valière, Exploration dans le Birgoet le Manding , Tour du Monde, 18S3, 1 er semestre.)