SÉNÉGAMBIE. 499
une route commerciale jusqu’au Niger . Ce second projet n’a été reprisqu’en 1863; on verra plus loin qu’il ne tardera pas à être accompli.
Le directeur entra ensuite en relation avec les voisins de la coloniefrançaise, les Anglais et les Portugais . En 1700, il explora les contréesméridionales, la région de la Gamine, où une Compagnie anglaise rivaleavait installé ses comptoirs, tandis qu’il envoyait un Frère Augustin,Apollinaire , dans la région du liambonk, sur le liant Sénégal . 11 riie serendit lui-mème à Albreda, et aux îles Bissagos, et fonda un comptoir dansl’ile Bissao , à l'embouchure de la rivière Geba; il visita le Saloum,la Casa-mance, et donna au commerce français un essor inouï. Mais ses agents letrahirent, les Anglais irrités et jaloux excitèrent contre lui le damel duCayor, Latir, qui, sous prétexte de négociation, attira Iîriie à Rufisque , etle lit prisonnier. Délivré moyennant une forte rançon, lîrüe rentra à Saint-Louis, et reçut tout à coup de France un ordre (le rappel (1702). 11 étaitnommé directeur général du bureau central de la Compagnie. Sous sessuccesseurs au Sénégal , Le Maître, de La Combe, Mustellier et de Riche-bourg, ses grands desseins furent abandonnés, et son oeuvre compro-mise. La Compagnie de Paris fit faillite, et vendit son privilège à la Com-pagnie de Rouen.
En 1714, Brüe, sur les instances des actionnaires, se décida à revenir enAfrique . Il renoua ses relations avec les chefs indigènes, fit une expéditionau lac Cayor, où plus de cinq cents marchands nègres et maures lui appor-tèrent leurs marchandises, et pénétrant plus avant chez les .MauresTram, il développa le commerce des gommes, provenant des forêts deSahel , d’El-Hebiar et d’El-Falak. En 1716, il envoya à la recherche desmines d’or du Rambouk le sieur Compagnon, qui signala l’existence d’im-portants gisements aurifères dans le bassin de la Falemé, et traça la cartede tous les pays visités par lui 1 . L’année suivante, le gouverneur duSénégal signa avec les Maures Trarza un traité de commerce, , et fit lachasse aux bâtiments interlopes anglais ou hollandais qui faisaientla contrebande sur le fleuve. C’est alors qu’on commença à dresser lacarte du Sénégal : une expédition scientifique, composée d’ingénieurs,pénétra pour la première fois dans l’intérieur du continent africain ; en mêmetemps, les officiers de la Compagnie française relevaient les côtes depuisle cap Blanc jusqu’à Sierra-Leone . Les°renseignements ainsi recueillisfurent remis par les soins de Brüe au géographe d’Anville, et trois cartesnouvelles furent, dessinées.
La Compagnie de lîonen fut dissoute en 1719. Son privilège passa à laCompagnie d’Occident, fondée par Law : elle confirma les pouvoirs d’André Brüe . Les mines du Rambouk tentaient l’avidité des actionnaires, maistant que vécut le directeur du Sénégal , les trésors bien réels de l’Afrique sénégalaise ne firent aucune dupe "parmi tant de souscripteurs avidesqui s’arrachaient alors aux guichets de la rue Quincampoix les folles valeursde l’Eldorado mississipien. lîrüe ne cessa pas d’ailleurs de faire explorerle haut Sénégal et de chercher le chemin du Niger . En 1720, Brüe
1. « La limite extrême de la course de Compagnon sur les bords de la Falémé,» fut Dhialakel, qu’il nomme Guiagalel, en sorte qu’il est allé un peu moins loin,>» dans cette direction, que M. le lieutenant Pascal qui- a revu ce pays de nos jours.» Mais outre que l’exploration de 18(10 a donné moins de renseignements sur les» mines d’or que celle de 1716, elle a encore laissé de coté une grande portion» des contrées parcourues par le commis de Brüe. » (Berliocx, p. 211.)