498 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
» tait comme une béte furieuse ; un moment il mendiait auprès des Français ,» et quelques instants après, il les insultait. Nous le 'verrons s'enivrer pen-» dant des journées entières, massacrer dans son entourage tous ceux qui» effrayaient sa politique ombrageuse, et dévaster ses propres villages pour» grossir le nombre des captifs 1 . »
En 1698, Brüe entreprit une grande expédition vers le haut Sénégal . Ilrevit le siratik, renouvela avec lui son alliance, et détruisit l’influence hol-landaise que les marchands d'Arguin essayaient d’étendre. 11 pénétra dansle Galam , pays de mines d'or, airconfluent du Sénégal et de la Falemé, ren-contra les Sarracolets et les Mandingues, peuple actif et industrieux quifaisait alors tout le commerce de l’Afrique occidentale . Il visita les cata-ractes de Félon, et forma alors le projet qui l’occupa pendant toute ladurée de son administration, et qu’il a exécuté en partie, d’échelonner uneligne de postes fortifiés le long du Sénégal , pour assurer une protectionconstante aux voyageurs et aux marchandises. Il songeait aussi à ouvrir
1. M. le général Faidherbe, grand chancelier de la Légion d’honneur , a pu-blié dans le Bulletin de la Société de géographie (4° trimestre 1883), une Noticehistorique sur le Cayor, composée à l’aide de documents à lui fournis par Ioro-Dio, élève de l’Ecole des fils de chefs, fondée à Saint-Louis, en 1855. Ces annales,si brèves qu’elles soient, sont fort curieuses. Elles vont de 1519 à nos jours. Sui-vant M. Faidherbe, il y a eu, pendant cette période, vingt-neuf damels dans leCayor, et il en trace le tableau généalogique. Il donne l’étymologie suivante dumot damel. Il y a quatre siècles, le Cayor était une province du Djolof. Le gou-verneur ou laman du Cayor se révolta contre son souverain, et le vainquit. « Il» réunit immédiatement ses diambours, ou hommes libres du pays qui formaient» son conseil, leur annonça la grande nouvelle, et leur déclara que le lien qui les» attachait au Djolof étant rompu, il prenait le titre de Daniel (de dame , casser,» rompre). » Ce premier damel était Détié-Fou-Ndiogou, de la famille Fal.
Parmi les damels, il en est plus d’un qui ressemble à Latir-fal-Soukabé par lesvices, l’extravagance ou la cruauté. Nous en citerons un exemple pris au dix-septième siècle, celui de Daou-Demba, sixième damel, qui régna sept ans, et sousle règne duquel Jacques Fumechon fut directeur de la Compagnie du Sénégal.
« Daou-Demba, écrit le général Faidherbe, vexa ses sujets de toutes les ma-» nières possibles, chassa les vieillards de sa présence, empêcha les noirs de se>» marier, de porter des culottes, de mettre du sel dans leur couscous, disant que» tout cela était bon pour les rois et les princes, mais n’était nullement fait pour» les sujets. Enfin il s’entoura d’enfants de seize à dix-sept ans, sans la moindre» expérience des affaires du pays. Un jour, dans une promenade, il vit un bœuf» dont il trouva la peau si jolie, qu’il la voulut immédiatement pour s’en faire un» boubou (sorte de grande chemise sans manches, qui est le vêtement ordinaire» des nègres du Soudan ). On la lui donna, et il s’en vêtit pendant qu’elle était en-» core toute fraîche. Il alla ensuite boire du sibakh (boisson fermentée faite avec» du miel et d’autres substances) ,* sa débauche dura plusieurs jours, et, un beau» matin, il se réveilla tellement serré dans son boubou qui s’était rétréci en sé-» chant, qu’il lui fut impossible de faire le moindre mouvement. '
» Parmi tous les enfants qui l’entouraient et qui ne trouvaient aucun moyen» de lui venir en aide, un seul osa parler des anciens qu’il avait chassés et lui» proposa de faire venir son père dont l’expérience était connue, et qui pourrait» peut-être le soulager. Daou-Demba accepta; le vieillard vint et demanda un» grand lambara (grand canari en terfre évasé), le lit remplir d’eau et y plongea» le Damel, ep lui laissant seulement la tète hors de l’eau. La peau devint humide,
» et Daou-Demba put alors être facilement débarrassé de son vêtement incom-» mode. Ce Damel fut déposé par les Diambours et se retira dans le Walo où» il mourut peu de temps après. » (Voyez plus loin, les détails sur le damelBiraïma.)