SÉNÉGAMBIE. 501
M. Berlioux, un entrepôt et un refuge pour les interlopes qui faisaient deja contrebande au détriment de la Compagnie du Sénégal. » Après uneguerre assez longue et difficile, les Français restèrent maîtres U’Argnin etde Portendick, les deux seuls ports de°la côte du Sahara occidental quipermettent aux indigènes de communiquer avec les marchands européens ,et qui pouvaient, à i’occasion, servir de points d’attaque contre le Sénégal ,soit aux Européens, soit aux Maures .
André Brüe rentra en France au mois de juillet 1723, et quitta définiti-vement l'administration de la Compagnie. 11 avait droit d'ètre fier de sonœuvre. En 1677, la France ne possédait sur ia côte occidentale d’Afriqueque les deux.forts de Saint-Louis et Gorée . Eu 1724, elle avait cinq forts :Saint-Louis , Arguin, Saint-Joseph, Saint-Pierre et Gorée ; et six comptoirs,Portcndik, Joal, Albreda, Bintan, Gérèges, Bissao . Son influence s’étendaiten outre sur les contrées riveraines du fleuve, et si elle n’avait encore niterritoire, ni sujets, ni colons, si le total des bénéfices de la Compagnie nes’élevait qu’au faible chiffre de 300 000 livres, ses achats atteignant seule-ment un million 1 , du moins elle était la première établie à l’embouchured’un beau fleuve, et elle tenait la véritable clef du Soudan .
On doit à Biiie la première description complète du Sénégal ; le premieril a fait connaître les Fouis, les Sarracolets, les Mandingues, et tracé desplans de colonisation qui n’ont pas été dépassés. On peut regretter que cethomme éminent n’ait pas réagi contre le trafic des esclaves, et l’introduc-tion en Afrique des liqueurs alcooliques. En cela, il était de son temps.Toutefois, « si on le compare aux autres administrateurs que les puissances» maritimes ont mis à la tête de leurs possessions africaines, pendant toute» la période qui s’est écoulée jusqu'à l’interdiction de la traite, il mérite» sans contredit le premier rang par son intelligence, ses découvertes, ses« études, et pour trouver dans Fhistoire de ce pays un personnage qui'» puisse rivaliser avec lui, il faut descendre jusqu'à nos contemporains, ou» remonter jusqu’aux premiers explorateurs envoyés par le Portugal 2 .» Cerival de gloire contemporain, c’est le général Faidberbe.
Le Sénégal de 1724 à 1854. — Buvant le dix-huitième siècle,rieu de grand ne se fit au Sénégal . Le fort dePodory fut construit eu 1743.Les Anglais , pendant la guerre (le Sept ans, s'emparèrent de Gorée et deSaint-Louis (1738). Au traité de Paris (1763), la France ne recouvra queGorée . Le duc de Lauzun reconquit le Sénégal en 1770, et le traité deVersailles (1783) nous rendit définitivement notre colonie. Quatre ansaprès, le damel de Cayor nous cédait le cap Vert et les terres voisines,depuis la pointe des Mamelles jusqu’au cap Bernard, avec le village deDakar . C’est à partir de 1784 que la colonie fut administrée par un gou-verneur nommé par le roi.
L’Assemblée nationale constituante décréta en 1791 la dissolution de laCompagnie du Sénégal ; le commerce fut déclaré libre. Mais alors éclatentles longues guerres de la Révolution et de l’Empire. Les Anglais prennent
1. M. Berlioux donne, dans son ouvrage, le tableau des marchandises exportéesalors de la Sénégambic, (p. 531) : 80000 cuirs verts, 4000 ou 4500 esclaves,2500 quintaux de cire, 2500 d’ivoire, 500 marcs d’or, 14000 quintaux de gomme,1000 pagnes, de l’ambre, des plumes, et autres provisions en quantité indétermi-née. Un esclave de premier choix se vendait 30 barres ou 45 livres.
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