SÉNÉCAMBIE. 503
» déposèrent les armes et conclurent avec la France des traités qu'ils ont» toujours respectés 1 . »
Le marabout El-Hadj. — Le péril le plus redoutable vint du liantfleuve. Un marabout toucouleur, originaire du Fouta sénégalais, Omar,surnommé El-llàdj (le pèlerin), parce qu’il venait d’accomplir le pèlerinagede la Mecque , forma le projet de fonder un vaste empire musulman, doTimbouktou à Saint-Louis. 11 avait entendu parler de l’émir Abd-el- Kader et de ses victoires ; il résolut de l’imiter. Il se déclara l'envoyé duprophète, chargé d’une mission divine; il enseigna le Coran , catéchisa lesnègres Toucouleurs, fanatisa les tribus du Fouta, les disciplina, les enrôladans une grande armée, et prêcha la guerre sainte contre les infidèles. Qui-conque ne se soumit pas, fut massacré. Les hordes féroces d’El-Uadjdévastèrent le lîambouk, et les pays du haut iXiger, le Kaarta et le Khasso.Pas un village ne resta debout; tout fut rasé ou brûlé, et les populationségorgées ou vendues comme esclaves.
Le prophète se tourna alors du côté des établissements français . Le gou-verneur Faidherbe le prévint : tandis qu’El-Madj achevait la dévastation duKaarta, il arriva à Médine, à 160 kilomètres en amont du dernier poste fran çais , Bakel, et à 1 000 kilomètres de Saint-Louis. 1.1 acheta au roi du Khasso,Sambala, un terrain, mit en chantier les nombreux ouvriers qu’il avaitamenés, et en vingt-deux jours, le fort de Médine s'élevait au bord dufleuve, bien approvisionné, et pourvu de quatre canons et d’une petitegarnison comprenant huit soldats blancs et quarante noirs, sous le com-mandement d’un homme énergique et intelligent, le traitant mulâtrePaul lloll.
Défense de Médine . — Paul Holl.
« Le fort avait été fondé dans une admirable position, à une» lieue en aval de la grande cataracte du Félou. C’était à la fois
1. Les résultats obtenus par ces mesures politiques et militaires furent : 1° lasuppression de toutes les coutumes ; 2° l’annexion complète du Oualo et du Dimarau territoire colonial et leur soumission à la loi française ; 3° la population de cesterritoires élevée en deux ans de 17000 à 34000 habitants; 4° la suzeraineté de laFrance s’étendant graduellement sur le million de noirs qui habitent le sol duFouta-Toro, du Bondo u, du Khasso, du Bnmbouk.
Le vingt-cinquième damel du Cayor fut Biraïma, qui régna de 1855 à 1859. Uncompétiteur, Amady-Ngav, soutenu par les diambours (conseillers du damel) etpar le tér/ne (roi) du Baol, essaya de le renverser. Les diambours furent battus, etleur chef tué. Quant à Biraïma, il mourut en 1859, à vingt-quatre ans, des suitesdo ses débauches. « Adonné à l’ivrognerie, il passait scs journées à composer des» mélanges alcooliques, et à les boire avec scs femmes. Un jour, ayant rempli une» grande chope d’absinthe et d’eau de Cologne , il trouva ce breuvage délicieux,» et se plaignant qu’on lui eût laissé ignorer cette recette pendant si longtemps,» il avala d’un trait tout le contenu de la chope : il tomba foudroyé. » (Faidherbe - ,art. cité, p. 55î.)
C’est sous le règne de cet étrange ivrogne que M. Faidherbe supprima l’anciennecoutume arbitraire pavéo par le gouvernement français , et la remplaça par un droitde sortie fixe et réguiier perçu par un agent du damel, sur la frontière du nord,du côté de Saint-Louis , et sur celle du sud, du côté de Gorée . Biraïma accorda aussiau gouverneur du Sénégal l'autorisation d’établir, à travers ses Etats, une lignetélégraphique électrique entre Saint-Louis et Gorce.
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