SÉNÉGAMBIE. 305
» un poste de défense et un poste d’observation. A l’abri de nos» canons, plusieurs milliers de malheureux Africains, échappés» aux massacres du prophète, avaient bâti un village et un tata,» sorte de.citadelle en pierre et en terre. Le commandant de» Médine, Paul Hoil, prévoyant l’orage qui allait fondre sur lui,» avait relié le fort au tata par un double terrassement. Il s’était» assuré du concours des indigènes, qui avaient réclamé sa pro-» tection, et le chef de ces derniers, un certain Sambala, lui» avait promis de mourir ipses côtés plutôt que de se rendre.» La garnison régulière se composait de soixante-quatre per-» sonnes dont onze Européens seulement, mais elle était brave» et résolue. Le 19 avril 1837, paraissait l’avant-garde d’El-» Hadj. Le marabout avait confié lés échelles d’assaut aux plus» fanatiques de sa troupe et ne leur avait épargné ni les encou-» ragements ni les promesses. C’était pour lui une partie déci-» sive. Vainqueur des chrétiens, il pouvait tout attendre de» l’avenir; vaincu au contraire, la croyance à son apostolat» était sinon détruite, au moins fort ébranlée. Aussi était-il» résolu aux derniers sacrifices pour s’emparer de Médine. Le» lendemain 20 avril, vingt mille miTsulmans se ruaient à la» fois contre le fort de Médine et le tata de Sambala. Contraire-» ment à l’habitude africaine, ils s’avançaient silencieusement» et en masses profondes. Le prophète ne leur avait-il pas an-» noncé que les canons des blancs ne partiraient pas ! Pendant» plusieurs heures, le feu de nos soldats ouvrit de larges trouées» dans leurs rangs; mais ils ne reculaient pas. Ils bravaient la» mort, le sourire aux lèvres. L’attaque, commencée au point du» jour, ne se termina que vers les onze heures, et encore les» El-Hadjistes cédèrent-ils plutôt à la fatigue qu’au décourage-» ment.
» Pendant le combat, El-Hadj, entouré de ses femmes, était» resté en vue du fort, attendant la prise pour y faire son entrée» solennelle. On raconte qu’il pleura de rage, quand ses soldats» l’entraînèrent avec lui dans leur retraite. Telle était sa fureur,» qu’il essaya de renouveler l’assaut de la place, bien que con-» vaincu de l’inutilité d’une attaque de vive force. Deux foisv repoussé avec des pertes énormes, il se décida enfin à convertir» le siège en blocus, espérant que la famine ou le manque de» munitions auraient bientôt raison des défenseurs de la place.» Cette tactique était la meilleure. Notre commandant, qui en» connaissait tous les dangers, avait expédié des ouvriers à tous