S10 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
iabé, au confluent du Raling et du Bakhoy. La première ligne de cheminde fer, de Dakar à Saint-Louis par le Cayor, fut concédée à la Compagnieindustrielle des Batignolles 1 ; le 10 septembre 1879, Lat-Dior , darnel duCayor, par un traité signé avec Bou-el-Moghdad, représentant du gouver-neur de Saint-Louis , accordait l'autorisation nécessaire 2 . La deuxièmeligne, de M'pal à Médine, a été ajournée; le Sénégal , étant navigable quatreà cinq mois par an jusqu’à Médine, suffira au commerce actuel. La troi-sième ligne, longue d'environ 520 kilomètres, doit rattacher Médine auNiger , près de Bamako . Cette ligne sera construite par l’Etat.
La mission Galliéni. — Le gouverneur, avant de commencer lestravaux, envoya auprès du roi de Ségou, Ahmadou, un des fils d'El-Hadj,une mission commandée par le capitaine Galliéni, pour obtenir de lui lesconcessions nécessaires (janvier 1880-mars 1881). Le capitaine Galliéni,directeur des affaires indigènes à Saint-Louis, préparé par nu long séjourdans la colonie à la pénible et délicate mission qui lui était confiée, fitentre Médine et Bafoulabé, une reconnaissance préliminaire, et se concilial’appui des populations Malinké, ennemies des Toucouleurs, qui consen-tirent même à fournir des guides à l’expédition. En 1880, le capitaineGalliéni, les lieutenants Vallière et Piétri, les docteurs Toulain et Bayol,avec une escorte de trente tirailleurs et spahis indigènes, et quelques îaptotssénégalais partirent, suivis d'un convoi de trois cents bêtes de somme quiportaient les présents destinés au roi Ahmadou et aux grands chefs indi-gènes. Le voyage jusqu’au plateau de Kita ne fut signalé par aucun incidentfâcheux; les tribus, heureuses de penser que le protectorat français les
1. La construction de ce chemin de fer commença presque immédiatement.En 1881,1a section de Dakar à Rufisque fut livrée à l’exploitation. La ligne en-tière, longue de 200 kilomètres, doit être achevée en 1885.
2. Les études du chemin de fer étaient à peine commencées que Lat-Dior , chan-geant d’avis, refusa de laisser continuer les reconnaissances. Rappelé h l’exécu-tion du traité, il dit n’en avoir pas compris le sens, ne s’ètre pas douté de ceque pouvaient être des navires à vapeur allant sur la terre. Il essaya de sou-lever contre nous le Djolof, les Trarza, et l’ulmamy du Fouta : une colonne,sous le colonel Wendling, pénétra dans le Cayor (décembre 1882), mais Lat-Dior s’enfuit dans le Baoî. Le gouverneur du Sénégal , M. Servatius, le déclara déchu,ainsi que Samha-Laobe qui s’était compromis en protestant contre les travaux duchemin de fer. Son neveu, Samba-Yaye, fut proclamé damel sous le nom deAmady-Ngoué-Fal XI, et par un traité signé le 16 janvier 1SS3, plaça le Cayor sousle protectorat de la France . Le nouveau roi, rompant avec les traditions et les su-perstitions de son pays suivant lesquelles un damel ne pouvait voir la mCr sansmourir, vint à Saint-Louis, pour rendre hommage au gouverneur et faire acte desoumission à la France . Lat-Dior et son neveu Samba-Laobé, à la tète de leurspartisans, envahirent le Cayor: trois colonnes volantes, sous le chef de bataillonDodds et le capitaine des spahis Dupré, les cernèrent habilement, et forcèrentSamba-Laobé à se rendre sans conditions avec tous ses guerriers, dont les armeset les chevaux furent confisqués. Lat-Dior s’enfuit, et les tièdo désarmés furentréduits à l’impuissance.
Le 15 mai 1883, M. René Servatius, gouverneur général, autorisa Samba-Laobéà retourner dans le Cayor, sur sa promesse d’y vivre en simple particulier, et d’yrester fidèle à la France . Mais la popularité dont jouissait Samba auprès de sescompatriotes, et le mépris des habitants du Cayor pour le damel Amady qu’onleur avait imposé, décidèrent le gouverneur à proclamer damel Samba-Laobé(septembre 18S3). Les indigènes et les commerçants étrangers ont accueilli avecjoie ce changement : mais Lat-Dior n’a pas posé les armes ; allié du roi de Diolof,Alboury, il guette l’occasion de reconquérir son trône.