SÉNÉGAMBIE. 513
Soudan. Nous avons cité ailleurs 1 le brillant récit de cette troisième expédi-tion du vaillant colonel Borgnis-Desbordes. La citadelle de Mourgoula fuioccupée, le Bélédougou envahi et le village de Daba pris d'assaut, les villagesnègres payèrent la rançon du pillage de la mission Galliéni ; le 31 janvier 1883,le colonel entrait à Bamako , et le S février, prenait solennellement posses-sion du haut Niger au nom de la France, . en posant au bord du grandfleuve soudanien, la première pierre de la forteresse, sur laquelle flotta ledrapeau aux trois couleurs 2 . Le marabout Samory essaya de prendre sarevanche et de ruiner l’établissement naissant. Il surprit dans le Bélédougou la brigade de télégraphistes qui, sous les ordres de M. Mademba, reliaitBamako à Kita, mais la brigade prit les armes et repoussa les cavaliersnoirs. Quelques jours après, le capitaine I’iétri battait et rançonnait unparti de Malinkés sur la route du Kita, tandis que le colonel Desbordes,avec cent cinquante fantassins, dix-lmit spahis et deux canons, livrait prèsde Bamako à Samory et à ses deux mille guerriers, un héroïque combat.Les noirs, poursuivis, durent repasser le Niger , et pendant ce temps lefort fut achevé et rendu imprenable. Les travaux du chemin de fer furentpoursuivis; le 19 décembre 1882, un premier train circula sur la ligne augrand ébahissement des populations indigènes : à la fin de la campagne,20 kilomètres de voie ferrée étaient construits ; cinquante furent achevésen 1884.
En même temps, le docteur Bayol, qui avait accompagné la missionGalliéni, et qui, en 1881, avait visité le Fouta-Djallon et conclu un traitéavec l’almamy de Timbo, était chargé d’explorer le pays inconnu, situé entrele Kaarta et le Niger , au nord de Bamako . Grâce à la haine qu’inspire latyrannie d’Ahmadou, grâce aussi au prestige de nos armes et au sang-froiddu diplomate, il pénétrait jusqu’à Segala, i six journées de marche de Tim-bouktou, et rapportait des traités librement consentis qui mettaient sous leprotectorat de la France les divers Etats qu'il avait visités. La France estdonc aujourd’hui maîtresse des clefs du Soudan , du côté du Sénégal . 11 fautsouhaiter à notre politique coloniale l'esprit de suite, la prudence et la per-sévérance qui lui ont trop souvent fait defaut. « Je maintiendrai, cette devise» d'un peuple dont les colonies peuvent servir de modèle à toutes les na-» tions maritimes, écrit le contre-amiral Aube , doit être en Sénégambie la» devise de la France 3 . »
1. Yov. p. 476, au chapitre du Soudan .
2. Il est juste de rappeler que le drapeau français fut arboré pour la premièrefois sur le Niger en 1879 par M. Paul Soleillet qui fit, au nom de la Société desétudes maritimes et coloniales , un voyage d’exploration dans le Kaarta et au Soudan .M. Soleillet voyageait muni des recommandations du gouverneur du Sénégal ,en qualité de thaleb. Il atteignit le Djoliba à Yamina, et descendit le fleuve jus-qu’à Ségou-Sikoro, dans une pirogue à l’arrière de laquelle flottait un pavillon tri-colore fait de trois lambeaux d’étoffe. Le sultan Ahmadou l’accueillit bien, üt saluerson drapeau par ses troupes, le logea dans son palais, et le gratifia d’un cheval, d’unbœuf, de deux moutons, d’une barre de sel, etc. Mais quand le voyageur voulutreprendre son voyage sur le fleuve pour descendre vers Kabra et Timbouktou, lesultan s'opposa à son projet. M. Soleillet dut rebrousser chemin et rentrer àSaint-Louis. 11 fit connaître à son retour les résultats de son expédition dans denombreuses conférences faites à Bordeaux , Toulouse , Montpellier , Marseille ,Lyon , Paris , Rouen , Amiens , etc.
3. Les gouverneurs du Sénégal depuis 1830. — On s’est plaint souvent, etnon sans raison, de la fréquence des changements dans l’administration supé-rieure et le gouvernement de nos colonies;-le Sénégal est une de celles qui ont