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SÉNÉGAMBIE.
tement ; ils peuvent piocher, si l’on peut appeler ainsi leursmanières de gratter la terre, presque debout, sans beaucoupde fatigues.
» . Quant aux captifs ordinaires, ceux-là sont plus à
plaindre, car ils sont parfois soumis à des traitements rigou-reux. Appartenant aujourd’hui à celui-ci, demain à celui-là,ils sont vendus suivant les caprices du maître. La captivitéleur est d’autant plus à charge que bien souvent ils étaientlibres dans leur pays. Ils ont été pris, garrottés, puis vendusau loin sans plus de formalités; d’autres, faits prisonniersdans une guerre, sont conduits dans de grands centres commeSégou, livrés à des marchands d’esclaves pour de l’or, du selou autre marchandise; ceux-là sont revendus dans des tribusassez éloignées pour rendre toute fuite impossible.
» . Les noirs vivent dans des cases groupées en village,
grossièrement faites, basses et sans la moindre aération; leursformes sont cylindriques, surmontées d’un toit en cône ; quel-ques-unes dans le bas fleuve, presque toutes chez les Sarra-colets et les Itassonkais, ont la partie cylindrique formée depieux et de branches recouvertes de terre argileuse ; tout lereste est en paille. Là-dedans grouillent hommes, femmes,enfants, voire même certains animaux domestiques; on ycouche, on y fait la cuisine, on y mange, tout cela dans unespace restreint et non aéré ; les odeurs s’y accumulent, s’yconcentrent ; du poisson, de la viande séchée, ramassés quel-quefois dans un coin, contribuent encore à rendre l’accèsd’une case insupportable pour tout Européen. En dehors desnattes sur lesquelles ils couchent, du misérable coffre en boisdans lequel ils ramassent les vêtements, et de leurs calebassesqui, on peut le dire, servent à tous les usages, la case estcomplètement nue ; le sol est aplati et uni, un espace videplus ou moins grand est réservé devant l’entrée ; quelquefoismême un petit jardin y est attenant : on y cultive quelqueslégumes, comme giraumons, yombos ou patates douces, maisjamais on n’y voit de fleurs, non plus que d’arbres fruitiers.Tous ces villages sont généralement d’une saleté repous-sante; ils n’offrent aucune symétrie, les cases sont construites