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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
à Gordon-Pacha, ancien gouverneur du Soudan , la mission de se rendreà Khartoum par la route du Nil et d’y faire une enquête sur la situationmilitaire et les mesures à prendre pour assurer la sécurité de la populationeuropéenne de Khartoum . Il avait aussi l’ordre de s’opposer à la traite desesclaves. Le général arriva sain et sauf à Khartoum . En même temps, uncorps de troupes anglaises, sous les ordres du général Graham, infligeait unpremier échec à Teb au lieutenant du Mahdi, Osman-Digma (29 février 1884).Le 13 mars, l’infanterie anglaise divisée en deux carrés rencontra l'arméeennemie dans les environs de Souakin , à Tamanieh. Après un sanglantcombat pendant lequel les Soudaniens, luttant avec toute la fureur du fa-natisme, furent un instant maîtres d'une partie de l’artillerie anglaise,Osman-Digma fut vaincu, son camp incendie, son étendard, ses bagagespris, et cinq mille de ses soldats tues. L’amiral Hewett fit mettre à prix latête du lieutenant du Mahdi dans une proclamation que les ministres anglais désavouèrent. Souakin était sauvé et le littoral de la mer Rouge garanti :mais Osman-Digma n’avait pas désarmé. Tandis que les troupes anglaisesrentraient à Suez, les insurgés du Soudan coupaient les communicationsentre Berber et Khartoum et bloquaient cette ville. Une heureuse sortie deGordon sur Halfiveh ne réussit pas à dégager la route du Nord, et elle sereferma derrière îes masses grossissantes des fantassins et des cavaliers duMahdi (avril 1884). En vain, pour se concilier la population, Gordon,l’apôtre de la liberté des noirs, promit de maintenir l’esclavage. Les tribuscontinuèrent à se rallier au prophète; Berber et Chendy tombèrent entreses mains; le 6 octobre, le colonel anglais Stewart fut massacré avec sescompagnons de route. Sous la pression de l’opinion publique, le gouverne-ment anglais se décida à envoyer un corps de 10 000 hommes pour sauverGordon et débloquer Khartoum : lord Wolseley en eut le commandement.L’expédition, préparée avec le plus grand soin, remonta péniblement le Nil et ses cataractes sur une flottille de chalands et vapeurs. On n’avait plusque de rares nouvelles de Gordon, et les messages devenaient suspects.Le 16 janvier 1885, tandis que la colonne Earle suivait le Nil , la brigadeStewart, qui marchait de Korti sur Metammeh pour tourner la positionde Berber , rencontra les Soudaniens non loin des puits d’Abou-Klea, etles écrasa après un combat acharné, où le général fut blessé à mort. Le 2S,les steamers de sir Wilson, arrivant devant Khartoum , furent accueillis àcoups de canon. La ville, livrée au Mahdi par le gouverneur égyptien,venait de capituler ; et le héros Gordon avec une partie de la populationavait été massacré. Les Anglais durent battre en retraite sous le feudes batteries soudaniennes. La campagne était perdue, le sort do l’annéecompromis, le prestige britannique atteint en pays musulman. Lord Wol-seley résolut d’occuper Berber à tout prix, de s’y établir pendant la saisonchaude, d’ouvrir par Souakin et la mer Rouge des communications avecl’Angleterre, et d’attendre dans ses campements du Nil le corps d’année quela métropole lui enverrait. Le général Earle, en marche sur Berber , rencontraentre Kerbikan et Dulka les bandes du Mahdi, les délogea de leurs retran-chements, mais se fit tuer héroïquement dans un assaut à la baïonnette.Le général Graham fut placé à la tète de l’armée de secours qui devaitmarcher de Souakin sur Berber .