2° EXTRAITS ET ANALYSES
Le Mil.
« En faisant du Nil le « Jupiter égyptien », les Grecs expri-maient bien la pensée craintive qui vient à l’esprit, lorsque,dans le silence lumineux des lourdes journées égyptiennes,l’homme, qu’il soit de Perse, de Grèce , de Rome ou de Byzance ,voit descendre et couler, lentement, inévitablement, ce fleuvemagnifique portant en soi toute la richesse d’un pays.
» Le commencement du prodige s’accomplit non point enEgypte , mais au centre du continent africain . Les vents quirégnent généralement sur le plateau central de l’Afrique inté-rieure viennent de l’est, en inclinant tantôt vers le nord, tantôtvers le sud, suivant la marche du soleil. Ces vents amènent del’océan Indien des vapeurs intenses qui se résolvent en pluiedans les vallées ou se condensent en neige sur les hauteurs. Lepoint central vers lequel les nuages indiens semblent se dirigerordinairement, c’est l’Ounyamouési. Ces pluies deviennent vio-lentes en février ; elles sont comme des cyclones que la puissancedes courants aériens poussent de l’Inde à l’Afrique . Ces« trombes » coïncident, dans le centre africain , avec la « venue» du soleil chaud » qui fait fondre les neiges, et c’est alors quede toutes parts des torrents se précipitent, des marais s’étalent,des lacs s’emplissent, des sortes de mers intérieures se forment,immenses, mais peu visibles à cause de la végétation extraor-dinaire des bas-fonds.
» .... C’est de l’Abyssinie que doit venir le premier flot de lavéritable crue. Là aussi des neiges sont tombées qui couvrent leshauteurs et que le soleil d’avril fondra avant que les pluies d’étén’arrivent. Le lac Tzana, qui reçoit l’eau de cette fonte, sedéverse, à l’ouest, sur l’Egypte , par une rivière qui porte le nomde Nil-Bleu . Le lac Tzana, ayant une altitude de deux millemètres, et le trajet du Nil-Bleu se rendant au Grand-Nil étantrelativement court, les eaux du lac, limpides, bleues, vont entoute hâte, et charmantes, par un lit de roches et de cailloux,jusqu a Khartoum , où passe le Nil-Blanc , venant du centre del’Afrique , et dont les eaux, encore purement déversantes, c’est-à-dire reposées, ont une couleur opaline, quasi laiteuse. Les eaux