chacun le sollicitant pour sa terre. La hauteur de la crue variesuivant la distance ; elle n’est que d’un mètre dans les lacs ducentre africain ; elle est de deux mètres à Gondokoro, et de troismètres à vingt kilomètres au nord de ce point, des affluentsvenant déjà au Nil .
» A Ivhartoum, malgré la vaste étendue des terres inondables,les eaux grossies par le Nil-Bleu atteignent jusqu’à sept mètres '.C’est là seulement que le Nil « inonde», dans le sens littéraldu mot, la terre qu’il favorise. Le lit du fleuve n’y a pasmoins de deux et trois kilomètres de largeur, et les plaines quele Nil couvre, au moment du maximum de la crue, s’étendentdes deux côtés, au loin.
» L’inondation de Khartoum , après celle de Thèbes , est leplus beau spectacle qui se puisse voir. Les eaux, rouges, bron-zées, très reflétantes, lumineuses par larges plaques, couvrententièrement les vastes plaines à l’occident du Nil ; à l’orient,l’or brun des ondes entoure comme d’un cadre sévère de char-mants villages, aux jardins frais, d’où s’élancent les palmesvertes, frémissantes, et les minarets blancs, un peu raides,mais sveltes et très élégants; sur l’autre rive, l’inondation estabsolue; le flot, bruyant parfois, avec des miroitanees enflam-mées, se heurte à des oasis de palmiers que le courant tour-mente, à des groupes de mimosas ou de baobabs, très robusteset qui résistent aux tournoiements écumeux. Sur cette im-mensité mouvante, qui marche au nord résolument, suiventle courant, ou le remontent, les barques nubiennes aux longuesvoiles blanches épointées, toutes au vent, penchées, audacieuses,confiantes, le pilote sachant bien les routes et les écueils quisont sous le flot.
». Les inondations du Nil , désastreuses lorsqu’une digue
se rompt et que des villages mal placés disparaissent, emportéspar ses flots boueux, sont bénies par ceux-là mêmes qui ensouffrent; ses eaux, meurtrières au commencement de la crue,délicieuses ensuite, fraîches, sont une boisson recherchée. Lessultans de Constantinople , comme les princesses syriennes desPtolémées , n’aimaient à boire que l’eau du Nil . « L’Egypte, a» dit Mariette , est un pays privilégié entre tous : son territoire