ait été de se bâtir ou de se creuser une demeure éternelle, et dela rendre inaccessible, impénétrable, de manière que leur corpsembaumé fût conservé intact jusqu’au jour de la résurrection.De là, ces couloirs descendants dont on ne trouve pas la fin, cesgaleries obstruées par des blocs, ces trois chambres, si éloignéesl’une de l’autre ; de là, ces échappées en forme de puits pourdonner issue aux ouvriers qui en bouchant les canaux se seraient-emprisonnés eux-mêmes ; de là, sans doute, ces herses de gra-nit, placées à l’entrée de la chambre sépulcrale. De là, enfin(comme à Thèbes ), tous les soins qu’a pris l’architecte pour dé-router les profanateurs et les décourager par des obstacles quel’on pouvait croire impossibles à surmonter.
» Tandis que nos compagnons exploraient l’intérieur de lagrande Pyramide ou descendaient de la plate-forme, au risquede se rompre les os, nous étions allés avec Fromentin voir untemple récemment découvert sous les sables par Mariette-Bey ,dans le voisinage du Sphinx. Je ne saurais exprimer l’étonne-ment que nous causa cet édifice unique, tout en albâtre et engranit, et dont la majesté consiste dans la construction pure,dans la simple mise en œuvre des matériaux, sans ornement,sans dessin, sans couleurs, sans sculpture, sans écriture.
» Mais à quelle époque remonte l’art égyptien ? Combien de-vait être ancienne une civilisation qui, au siècle de la premièrePyramide, avait déjà produit le grand Sphinx ! Longtemps on acru que ce colosse majestueux et fin représentait le roi Thout-mès IV (de la dix-huitième dynastie) ; il est constaté aujourd’hui,par une inscription déposée au musée du Caire , que le Sphinxreprésente le dieu Armachis ; qu’il existait déjà lorsque Ghéopsdevint roi, puisque ce pharaon fit restaurer le monument! Voilàdonc une statue, ou pour mieux dire un rocher transformé enstatue, bien antérieurement à la grande Pyramide ! N’est-ce pasa confondre l’imagination! car enfin, tout colossal qu’il est, leSphinx n’est rien moins qu’une œuvre grossière et primitive. Lesparties conservées de la tète, le front, les sourcils, le coin desyeux, le passage des tempes aux pommettes et des pommettesà la joue, les restes de la.bouche et du menton, tout cela té-moigne d’une finesse de ciseau d’autant plus extraordinaire queles proportions de la figure sont énormes, la bouche ayant 2 m ,32,l’oreille l m ,80 de haut et le nez tout près de 2 mètres. Ceuxqui virent le Sphinx avant les barbares mutilations qu’il a subies(entre autres le célèbre historien arabe Abd-el-Latvf) vantaient la