par deux statues colossales, maintenant abattues et mutilées. Lesdeux massifs du pylône annoncent une demeure de Titans . Us présentent, quoique inachevés, une surface de quarante-quatremètres de hauteur sur cent treize de large. Il faut faire vingtpas pour mesurer la profondeur de la porte, ou, si l’on veut, l’é-paisseur du mur, et l’on entre dans une cour immense, diviséeen deux par une avenue de colonnes, dont une seule est debout,les autres ayant été renversées par un tremblement de terre.Cette cour, beaucoup plus grande en surface que Notre-Dame deParis, est bordée de deux colonnades parallèles à l’avenue cen-trale et bien conservées. Du côté du sud un petit temple, bâtipar Ramsès III , avance dans la cour et y forme une enclave ;mais ce petit temple, qui a l’air d’une chapelle, serait ailleursun grand temple.
» En avant du second pylône s’élevaient deux colosses de granit,ayant quatre ou cinq fois la hauteur d’un homme, et dont l’unest sur pied, l’autre gisant dans les décombres. Après avoir montéun escalier de sept marches et traversé un vestibule grandiose,bâti par Sésostris et décoré de reliefs peints jusqu’à une hauteurde trente mètres, nous pénétrons dans la fameuse salle hypo-stvle. Ici le voyageur n’ayant plus au-dessus de sa tête les espacesde l’air et du ciel qui dévorent et rapetissent les plus grandeschoses terrestres se sent étonné, opprimé, accablé par les propor-tions gigantesques des 134 colonnes qui portent le plafond, etdont les plus grandes le sont tellement que sur la plate-forme deleur chapiteau cent hommes pouraient aisément se tenir debout.Les entre-eolonnements n’étant pas beaucoup plus larges que lediamètre de ces prodigieuses colonnes, il en résulte une demi-obs-curité qui ajoute le prestige du mystère à la puissance cyclopéennedes constructions. On est comme perdu dans une épaisse forêt ; lemonde des figures qui sont peintes en vives couleurs et quitournent sur la convexité des colonnes vous donne le vertige.Combien devaient être imposantes les cérémonies civiles ou reli-gieuses qui s’observaient dans un lieu pareil, où le plus granddes arts, l’architecture, enveloppait de sa majestueuse unité lesœuvres du sculpteur et du peintre incorporées à la pierre, et prê-tait ses échos aux sonorités d’une musique lente, authentique etsolennelle ! Quelle idée formidable devaient concevoir de la ma-gnificence et de la puissance des Pharaons , les envoyés du paysde Chanaan, de la Syrie , de la Mésopotamie , ou bien ceux desEthiopiens au visage brûlé, lorsqu’ils étaient admis en présence