GABON ET OGOOÜÉ. 743
dans l’Okanda, et les précieux renseignements fournis par M. Aymès atti-rèrent l'attention des voyageurs sur cette région.
De 1872 à 1874, MM. Marche et de Coinpiègne, en qualité de natu-ralistes, firent sur le Gabon , l’Ogooué , chez les Fans et les Pahouins , desexcursions périlleuses qui enrichirent l’histoire naturelle, l’anthropologie etla géographie : ils purent remonter l’Ogooué jusqu’au confluent de l’Ivindo .En 1873, l’amiral du Quüio faisait flotter le pavillon français jusqu’à300 kilom. dans l’intérieur, et le roi N’Combé déposant devant lui son bâtondé commandement, se déclarait le vassal de la France . Peu après, le docteurOscar Lenz, sous les auspices de la Société africaine d’Allemagne, pénétraitchez les Osyéba et les Asimba, et sa pirogue ne s’arrêtait que devant lesrapides de l’Ofoué, affluent de l’Ogooué . Il fut rejoint chez les Okanda parune expédition française, investie d’une mission officielle, que commandaitun des officiers les "plus instruits et les plus énergiques de notre marinenationale, l'enseigne de vaisseau Savorgnan de Brazza , d'origine ita-lienne, naturalisé français à l’époque de la guerre franco allemande île 1870.M. Marche , le docteur Ballay, et le quartier-maître ffamon l’accompagnaient.
Premier voyage de M. de Brazza. — Le premier obstacle quiarrêta les voyageurs fut la difficulté des transports. Point de bêtes de sommechez les peuples de l’Afrique équatoriale; là, tous les transports se font àdos d’homme ou en bateau, à l’aide de pagayeurs; et comme les peupladessont fort nombreuses, il faut constamment changer de bateliers. Les Gallois,les Tumgas, les Bakulais exigeaient'des prix exorbitants; les Okotasconseillaient aux pagayeurs de déserter. On alla tant bien que mal de Lam-barèné à Samquita; là il fallut laisser plusieurs caisses de bagages. Lesdésertions des équipages continuèrent; les fugitifs emportaient avec euxles marchandises volées; les voyageurs étaient épuisés par la fièvre. Chezles Apindji (février 1876), les pirogues chavirèrent au milieu des rapides,les caisses furent jetées sur les rochers ou emportées à la dérive, les baro-mètres, chronomètres et autres instruments presque tous brisés ou avariés,les papiers, livres et notes engloutis, une troupe d’indigènes pillards se ruasur les marchandises échappées au naufrage. A Lopé, de nouvelles caissesfurent envoyées des factoreries de Samquita, et M. de Brazza y installades magasins de ravitaillement en cas d’accident. An mois de juillet l’expé-dition remontait l'Ogooué jusqu’à 668 kilom. de la mer, et M. Marche, dansune reconnaissance de son affluent l’Ofoué, rencontrait à Obongo une coloniede nains, déjà vus et nommés par du Chaillu. « La taille des nègres Obongovarie de l m ,50 à l m ,52; leur chef, un vieillard, l’homme le plus grandde sa tribu a une taille de l m ,61. Les femmes sont, comme chez tons lesautres peuples, plus petites que les hommes; elles n’ont que l m ,42 oul m ,43 de hauteur 1 . « A la chute de Benoué , les eaux étant très basses, ilfallut traîner les vingt-trois grandes pirogues de roche en roche sur unelongueur de 1 800 mètres; au confluent de l’Ivindo , les indigènes voulaienten venir aux mains; on réussit, à force de cadeaux, à gagner l’amitié deschefs. M. Marche visita seul le pays montueux et boisé des Obamba,reconnut la rivière Kailéi (ou Lékélé), et rejoignit ses compagnons auxcataractes de Doumé. Le pays des Adorant où ils s’avancèrent n’avaitjamais été vu par un Européen. M. de Brazza s'opposa énergiquement audépart d’une flottille des Adouma qui s’apprêtait à aller chercher des