GABON ET OGOOUÉ. 747
précipita à ses genoux en plaçant ses mains dans les siennes,puis, se relevant, il en fît autant avec moi, assis sur mes bal-lots, en face de Makoko. Le mouvement de génuflexion ayant étéimité successivement par les assistants, les présentations étaientaccomplies. Elles furent suivies d’un court entretien dont voicià peu près le résumé : « Makoko est heureux de recevoir le fils» du grand chef blanc de l’Occident dont les actes sont ceux d’un» homme sage. Il le reçoit en conséquence, et il veut que» lorsqu’il quittera ses Etats, il puisse dire à ceux qui l’ont en-» voyé que Makoko sait bien recevoir les blancs qui vien-» nent chez lui non en guerriers, mais en hommes de paix.»
» Je suis resté vingt-cinq jours chez Makoko, et plus long-temps dans ses Etats; on n’y aurait pas mieux traité ses enfantsque nous ne l’avons été. Je vous ferai grâce de tous les entretiensfamiliers que j’eus presque chaque jour avec Makoko, dont lacuriosité était, insatiable. Ne connaissant les blancs que par latraite des noirs et l’écho des coups de fusils tirés sur le Congo,il était resté longtemps incrédule aux récits que ses sujets luifaisaient de notre conduite. « Sans redouter la guerre plus queles blancs, me disait-il, nous préférons la paix. J’ai interrogél’âme d’un grand sage — de mon quatrième ancêtre — et con-vaincu que nous n’aurions pas à lutter contre deux partis, j’airésolu d’assurer complètement la paix en devenant l’ami decelui qui m’inspirait confiance. » Accueillies comme elles de-vaient l’être, ces ouvertures nous conduisirent à la conclusiond’un traité aux termes duquel le roi plaçait ses Etats sous la pro-tection de la France et nous accordait une concession de terri-toire à notre choix sur les rives du Congo . Tels sont les traitsprincipaux de ce traité qui fut ratifié, une vingtaine de joursaprès mon arrivée, dans une assemblée solennelle de tous leschefs immédiats et vassaux de Makoko. L’acte étant signé, leroi et les chefs mirent un peu de terre dans une petite boite, et,en me la présentant, le grand féticheur me dit : « Prends cetteterre et porte-la au grand chef des blancs ; elle lui rappellera quenous lui appartenons. » Et moi — plantant notre pavillon de-vant la case deMakoko : — « Voici, leur dis-je, le signe d’ami-tié et do protection que je vous laisse. La France est partout oùflotte cet emblème de paix, et elle fait respecter tous ceux quis’en couvrent. » J’ajoute que, depuis cette époque, Makoko nemanque pas, matin et soir, de faire amener et hisser le pavillonsur sa case, comme il m’avait vu le faire. Il fallut, non sans ro-
43